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Bioéthique

La synthèse

Quand même les Chinois se dressent contre la GPA

Par Jean Staune - Publié le 26 février 2021

Zheng Shuang est une jeune et jolie starlette chinoise de 29 ans. Tout lui souriait dans la vie, surtout qu’elle avait trouvé un amoureux, un jeune producteur de télévision du nom de Zhang Heng. Il ne lui manquait qu’une seule chose : elle ne pouvait pas avoir d’enfants. Le couple eut donc recours à la gestation pour autrui (GPA). Par « sécurité », ce n’est pas un, mais deux bébés, qu’ils « mirent en route », en recrutant des mères porteuses américaines. Les bébés naquirent respectivement en décembre 2019 et en janvier 2020.

Hélas, au moment de ces naissances, le couple Zheng et Zhang venait de se séparer. Un an plus tard, un scandale éclata sur les réseaux sociaux chinois, lorsque le père informa ses abonnés qu’il était bloqué depuis un an aux États-Unis, car son ex-compagne ne voulait pas reconnaître les enfants, et lui-même ne pouvait pas rentrer en Chine avec des enfants nés d’une autre mère.

Le scandale s’intensifia avec la diffusion sur Internet d’une conversation téléphonique enregistrée de Zheng avec ses parents. Sa mère lui conseillait d’abandonner les enfants, tandis qu’elle-même exprimait sa frustration et sa colère contre le fait qu'on ne puisse pas avorter à 7 mois, âge qu’avaient les fœtus au moment de la séparation du couple. Elle aurait voulu « effacer » les bébés en même temps que son histoire d’amour.

La Chine est un cas intéressant pour les questions d’éthique. Le pays est, en effet, tiraillé entre une morale confucéenne classique et un respect de la vie humaine très inférieur à celui de l’Occident. Comme le dit une amie chinoise : « En Chine, la famille est plus importante que l’individu ». Celui-ci a donc moins de droits. « S’il doit avoir lieu un jour, le premier clonage humain sera certainement réalisé en Chine. »

Néanmoins, l’affaire de Zheng et Zhang est en train de faire bouger les lignes en Chine. Ainsi, la GPA est punie d’une amende pouvant monter jusqu’à 5 000 $ (c’est pour cette raison que les Chinois, comme les Français, recourent à des « ventres » américains), mais elle n’est toutefois pas officiellement interdite par la loi.

Cependant, devant ce scandale devenu international (même CNN en a parlé), le parti communiste chinois lui-même publia un communiqué condamnant ces pratiques et rappelant que la location de ventre et l’achat de sperme ou d’ovules était totalement contraire aux principes du marxisme-léninisme !

Cette affaire tombe à point nommé pour inspirer les députés français qui, actuellement, sont en pleine relecture de la loi bioéthique, car elle illustre bien les dérives qui guettent le monde de demain si l’on ouvre tout grand les portes à cette pratique.

Il en va de même pour l’allongement du délai légal d’accès à l’IVG, qu'on envisage de porter de 12 à 14 semaines. Rejeté par les sénateurs, cette « avancée » pourrait être rétablie par les députés et ce, malgré la hausse des risques que cela engendre pour la mère. Deux semaines, cela peut sembler n’être pas grand-chose, mais tout le problème est là : où s’arrêtera-t-on ?

Ainsi, pour Peter Singer, professeur à l’université de Princeton, un être humain gravement handicapé a moins de valeur qu’un cochon ou un chien. Puisque notre civilisation accepte sans la moindre hésitation de tuer des cochons et de faire piquer des chiens, n’est-il pas profondément injuste de respecter les enfants handicapés ? « La seule chose qui distingue le bébé de l’animal, aux yeux des partisans de son droit à vivre, est qu’il fait partie, au plan biologique, de l’espèce Homo sapiens, alors que n’en font pas partie les chimpanzés, les singes et les cochons. Il va sans dire que le fait de se servir de cette différence comme d’une raison pour accorder au bébé, et non aux autres animaux, le droit de vivre, relève du spécisme le plus pur. C’est exactement le genre de différence arbitraire dont se sert le racisme le plus cru et le plus patent pour essayer de justifier la discrimination raciale » (Peter Singer, La libération animale, Grasset, 1993, p. 33).

Mais le plus incroyable, c’est que certains disciples de Singer ont développé le concept « d’avortement post-natal », selon lequel un nouveau-né, même parfaitement formé et en bonne santé, ayant beaucoup moins de capacités à créer des liens qu’un chien ou un chimpanzé adulte, bref, à manifester une personnalité, pourrait très bien « être mis au rebut » par ses parents, quelques semaines après sa naissance. Oui, vous avez bien compris : des universitaires sérieux, dans une revue tout à fait officielle intitulée… Journal d’Éthique Médicale (!!!), émettent la possibilité pour des parents de faire assassiner leurs enfants, quelques semaines à peine après leur naissance, l’article ayant ce titre terriblement éloquent : « Pourquoi l’enfant devrait-il vivre ? »

Voilà pourquoi les législateurs, en France et ailleurs, seraient bien inspirés de ne pas faire le moindre pas au-delà des limites actuelles, si l’on veut éviter qu’arrive en France demain un scandale équivalent à celui qui parcourt les réseaux sociaux en Chine aujourd'hui…


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