Partager

Sport

La synthèse

Football : Quand l'UEFA ouvre la bouteille de Pandore

Par Judikael Hirel - Publié le 28 juin 2021

Décidément, l’UEFA a bien du mal à déterminer quelles sont ses valeurs… Si tant est qu'elle en ait. Au point d’être prête à céder à la moindre injonction, qu’elle soit politique ou religieuse, afin d’éviter le « bad buzz », et de surtout ne froisser ni lobbies ni minorités.

Après la campagne pour que le stade de Munich soit éclairé aux couleurs de l’arc-en-ciel pour protester contre une loi hongroise interdisant la promotion de l’homosexualité auprès des mineurs, c’est une simple bouteille qui fait désormais scandale durant cet Euro 2020 tardif : à chaque conférence de presse, les joueurs doivent accepter d’être transformés en véritables panneaux publicitaires. Derrière eux, les logos des sponsors s’affichent. Et, devant eux, les bouteilles s’alignent, qu’il s’agisse de soda ou de bière Heineken.

La star portugaise Cristiano Ronaldo aura fait la preuve de son influence en écartant une bouteille de soda, rappelant ne boire que de l’eau et faisant s’effondrer, en quelques heures, la capitalisation boursière de la marque Coca-Cola de 4 milliards d'euros. Il n’aura aussi fallu que quelques heures pour que les experts en marketing d’Ikea baptisent une bouteille d’eau en verre du prénom Cristiano !

Mais au soir du match France-Allemagne, le joueur français, Paul Pogba retire quant à lui la bouteille de bière Heinenen de son pupitre. Le sujet n’est alors plus celui de la santé, mais du communautarisme. Ainsi, après le match Portugal-France, on pouvait constater, lors de l’interview de Karim Benzema, qu’aucune bouteille de bière n’était plus visible. La raison : l’UEFA a souhaité éviter toute nouvelle polémique en décidant que les joueurs de confession musulmane auraient désormais la possibilité de demander le retrait des bouteilles de bière sur leur pupitre durant les conférences de presse.

Au-delà du fait qu’il s’agissait d’une bière sans alcool, cette décision suscite au contraire une autre polémique en créant une discrimination entre les joueurs du fait de leur religion. En principe, nul n’a à connaître la religion d’un joueur. Et qui sera chargé de dresser une liste de ceux déclarant être musulmans, si tant est que l’existence d’une telle liste soit légale ? Mais au-delà, surtout comment justifier qu’un joueur athée ou d’une autre religion, tel Olivier Giroud, se voit refuser le droit d’ôter la bouteille de bière d’un sponsor placée devant lui ? Le fait d'appartenir à une religion donnerait-il plus de droit que celui d'appartenir à une autre, ou à aucune ?

Bienvenue dans l'ère du foot-business et du capitalisme soi-disant vertueux, à l’approche d’une future coupe du monde au Qatar, l'an prochain, dont il ne faudrait surtout pas vexer les riches princes. Comme l’explique très bien Mathieu Slama dans sa tribune du Figarovox, "s’adaptant à leur époque, les multinationales, dont l'UEFA fait partie, ont compris qu'il y avait dans le phénomène « woke » un bon filon : se donner une image progressiste à peu de frais, puisqu'aucune des causes « woke » ne remet en cause les principes fondamentaux de leur business."


La sélection

Les dernières sélections