La Sélection du jour | Quand le Covid vide... les prisons ! (n°939)
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Politique

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Quand le Covid vide... les prisons !

Par Louis Daufresne - Publié le 17 avril 2020

Paradoxe de la pandémie : alors que toute la population est recluse (ou doit l’être), on déconfine le lieu clos le plus sensible : la prison. Ou plutôt on le soulage pour qu’il n’implose pas. Il y a un mois, le 16 mars, veille du début du confinement en France, le nombre de détenus était au plus haut dans nos 188 lieux de détention : 72 575 pour environ 61 000 places. Le 13 avril, ce nombre est passé à 62 650, soit 9923 prisonniers en moins. La densité carcérale « avoisine désormais les 103% », déclarait mercredi le directeur de l'administration pénitentiaire (DAP) Stéphane Bredin, auditionné par la commission des lois de l'Assemblée nationale. Le 1er mars, ce taux était de 119%. Il n’y a pas que les bourses qui dégringolent… C’est du jamais vu. Le nombre de prisonniers ne cessait de croître depuis des années. En janvier, la surpopulation carcérale valut même à la France une condamnation de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH). Et voilà qu’en moins d’un mois, le Covid-19 fait subir à nos geôles une cure de détox mémorable.

Il semble que l’on ait écrasé une mouche avec un marteau-pilon : au total, seuls 204 agents pénitentiaires (sur 42 000 !) et 76 détenus sont infectés… Un surveillant et deux prisonniers sont morts des suites du Covid-19. C’est fort peu quand on sait qu’il peut y avoir trois personnes dans une cellule de 9 m2 et que 1600 détenus dorment sur des matelas par terre. Le gouvernement fit preuve d’une célérité inouïe sur ce dossier. Bien sûr, on pourra toujours dire que ces chiffres bas sont dus à cette mesure libératoire.

Retour à la case « départ » ou « prison », comme on voudra : tout commença mi-mars par la suspension des parloirs. Cette mesure bien radicale entraîna des troubles dans plusieurs établissements. Toutes les prisons ne sont pas pourvues d’hygiaphone en plexiglas. Si elles l’avaient été, le risque de propagation n’aurait pas acculé les pouvoirs publics à une action précipitée. Une ordonnance facilita les libérations anticipées de détenus en fin de peine, à deux mois de l’échéance. C’était le choix de la facilité. Libérer dispense de tout contrôle judiciaire. Avec les courtes peines, il aurait fallu faire exécuter la condamnation hors-les-murs et la France manque (aussi) de bracelets électroniques… Combien en avons-nous ? Stéphane Jacquot, spécialiste des relations police/justice, interrogea le garde des Sceaux sur ce point; il attend encore sa réponse. Pourtant, selon ce juriste, miser sur les courtes peines aurait eu du sens si celles-ci avaient pris l’allure de travaux d’intérêt général (TIG). Des prisonniers auraient pu prêter main forte au personnel soignant débordé ou fournir une main d’œuvre aux agriculteurs.

Mais cela ne s’improvise pas et nécessitait de « sortir de la culture du tout-enfermement », ce que souhaite Adeline Hazan, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL). « J'espère qu'une fois cette crise terminée, on ne repartira pas à la course à l'inflation carcérale », ajoute-t-elle. Rien n’est moins sûr car libérer les fins de peine n’est pas sans conséquence. Aussi bien en France qu’aux États-Unis, les études montrent une corrélation entre taux de récidive et libération anticipée. Emmanuel Baudin, secrétaire général du syndicat majoritaire FO-Pénitentiaire, n'était pas favorable à ce désengorgement, estimant « que les prisons vont se re-remplir très vite ». Pour l’éviter, il y a deux options : soit on poursuit le ralentissement de l'activité judiciaire (moins de condamnations fermes), soit on instaure un numerus clausus afin d’assurer l’encellulement individuel. Ces deux options peuvent se compléter.

Fallait-il autant vider les prisons ? Le gouvernement joua-t-il le sanitaire contre le sécuritaire ? Rien ne permet de l’affirmer. Néanmoins, gare aux illusions d’optique. La surpopulation concerne les maisons d’arrêt, où sont incarcérés les prévenus et les condamnés à de courtes peines. La densité y est tombée à 116% contre près de 140% avant la crise. Dans les autres lieux de détention, le taux de remplissage tourne autour de 80%.


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