La Sélection du jour | Quand la science se prostitue (n°989)
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Sciences

La synthèse

Quand la science se prostitue

Par Olivier Bonnassies - Publié le 15 juin 2020

La science a tant apporté à notre monde que certains en ont fait une idole, en oubliant qu’elle n'est faite que par des hommes, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs préjugés et leurs idéologies. Elle peut être influencée par les rapports humains, les luttes de pouvoir ou de prestige, les jeux de cour. L’histoire de la science est remplie de ces interférences, comme par exemple lorsqu’Einstein et la quasi-totalité des savants de son époque refusèrent, pendant de longues années, l’hypothèse du Big-Bang : « Non, pas cela, cela suggère trop la création biblique ! » 

Beaucoup sont aujourd'hui sidérés par les erreurs et contradictions des « scientifiques » depuis le début de l’épidémie de coronavirus. Que ce soit l’affaire du Lancet, du New England Journal of Medicine et du British Medical Journal, les attaques contre Didier Raoult, l’évaluation biaisée de l’hydroxychloroquine, sa mise hors la loi, le fiasco de Discovery, les gros soupçons sur Recovery, les études indigentes publiées sur le Remdesivir, le Lopinavir ou le Ritonavir, les avis ridicules sur les masques ou les tests ou l’injonction de respecter tous les protocoles malgré la situation d’urgence : que d’incohérences et d’absurdités !

Mais n’ayons pas la mémoire courte : ce n’est pas la première fois que la science est instrumentalisée.
Dans le passé, chaque fois qu’il y eut d’importants enjeux financiers, des grands groupes cherchèrent à défendre leur chiffre d’affaires et leur cotation en bourse par tous les moyens, et notamment en faisant produire des études scientifiques bidon.

Ce fut le cas avec le tabac : le Wall Street Journal rapporte que le Council for Tobacco Research (CTR), financé par l'Industrie du tabac, a été responsable de « la plus longue campagne de désinformation de l'histoire économique des Etats-Unis » en dépensant 282 millions de dollars sur 40 ans pour soutenir plus de 1 000 chercheurs qui ont publié 6 000 articles scientifiques « foireux » minimisant les dangers du tabac.

Ce fut le cas pour une multitude d’autres sujets : le sucre, l'alcool, le sel, le lait, les rayonnements des mobiles, l’amiante, les perturbateurs endocriniens, les pesticides, le sang contaminé, l’homéopathie, etc. Dès l'instant qu'il y a de gros enjeux financiers, certains groupes industriels mettent en place des stratégies destinées à biaiser la science dans le seul but de brouiller les messages et de paralyser les réactions de l’opinion publique. Et au bout de cette logique mercantile, il y a des scientifiques disposés à se faire acheter pour produire des études mensongères.

Que le grand public méconnaisse ces problèmes peut se comprendre, mais au niveau des journalistes et du gouvernement, c’est une faute professionnelle grave. C'est ce qu'explique au Figaro Magazine le Pr Christian Perronne à propos de la gestion de la crise sanitaire en France. Après avoir longtemps présidé la Commission spécialisée Maladies transmissibles du Haut Conseil de la Santé Publique, il publie aujourd'hui un livre accusateur : « Y a-t-il une erreur qu'ils n'ont pas commise ? » (Albin Michel) : « J’ai été sidéré par le nombre d’études bidon défiant tout bon sens (...) Combien de morts auraient pu être évitées ? (...) Six cents médecins ont saisi la justice pour "mensonge d’État" (...) Le Pr Chauvin, membre du Conseil scientifique Covid-19, reconnaît que cet avis contre l’hydroxychloroquine est absurde, mais il dit avoir subi des pressions pour le signer (...) Certains membres du Conseil scientifique ont à l’évidence des relations de confiance avec de très grandes entreprises pharmaceutiques. » Dans ces conditions, hors de toute déontologie, que peut peser un Didier Raoult seul face à cette industrie, à ses milliards et à ses réseaux d’influence ?

À ce scandale, s’ajoute la dénonciation permanente, par des médias et des autorités naïfs ou complices, du supposé « complotisme » de ceux qui s'insurgent. D'ailleurs, pourquoi vouloir nier le fait que les complots peuvent effectivement exister dans la réalité ? On y est tout naturellement conduit lorsqu'il y a des intérêts divergents et peu de morale, ce qui, dans la vraie vie, est une situation très courante… L'idée de complot « des grands de la Terre contre le Seigneur et son Messie » est biblique (cf. Ps 2,2) ; elle est historique (cf. Kennedy) ; elle est aussi rationnelle, chaque fois que des conflits d'intérêts sont identifiés. Il est donc irrationnel d'exclure a priori cette hypothèse et scandaleux de la discréditer d’avance par la police du politiquement correct…

Tout cela est très dangereux pour la démocratie.
Pour éviter que la science ne continue à se prostituer avec la complicité des médias, les pouvoirs publics devraient aider à mettre en place un système contradictoire de recherche de la vérité, à l’image de ce que fait l’Eglise dans les procès de canonisation, avec une procédure de débat public et l'équivalent d'un « avocat du diable ». Ce serait bien utile pour tous ces sujets, mais aussi pour bien d’autres débats sur lesquels on peut légitimement douter des positions officielles imposées…


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