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La synthèse

Quand la Chine veut siniser l’islam

Par Judikael Hirel - Publié le 02 août 2019

Le contraste est saisissant entre Europe et Chine. Aux Pays-Bas, l'interdiction de la burqa dans l'espace public est entrée en vigueur le 1er août, et déjà les transports en commun néerlandais ont fait savoir qu'ils ne comptaient pas la faire appliquer. Au même moment, à Pékin, les autorités chinoises ordonnent le retrait de symboles musulmans de onze restaurants halal.

Les écritures arabes ou symboles musulmans - les croissants de lune ou le mot "halal" - présents dans ce commerces doivent être couverts ou effacés. La raison : un renforcement de la volonté de sinisation de l’espace public, et de contrôle des religions considérés comme des éléments de culture étrangère. La pratique de l’islam doit se faire via la langue chinoise, et non l’arabe, les caractères arabes pour halal devant être remplacés par les caractères chinois synonymes, "qing zhen". Même les toits en dôme des mosquées doivent être remplacés par des toitures de style pagode.

Alors que la Chine compte environ 20 millions de musulmans et Pékin un millier de restaurants halal, on assiste peu à peu à la mise en application de la nouvelle législation décidée l’an passé, visant à limiter les pratiques culturelles considérées comme ne se conformant pas aux "réalités chinoises". Les autorités chinoises reconnaissent, et surveillent, cinq religions (catholicisme, protestantisme, bouddhisme, taoïsme et islam). Dans la même logique, plus d’un millier de croix d’églises - essentiellement protestantes - ont été abattues ces dernières années, car jugées trop voyantes. Plusieurs dizaines d'églises non officielles ont également été rasées ces dernières années à travers le pays.

Mais c’est l’islam qui demeure la plus dans la ligne de mire des autorités. La répression frappe en premier lieu la province du Xinjiang, peuplée notamment de dix millions d’Ouïghours musulmans. En sus de l’interdiction du port du voile intégral, des "camps de déradicalisation" y ont été ouverts. Depuis début 2017 jusqu’à 1,5 million de musulmans - principalement des Ouïgours et des Kazakhs - ont été envoyés dans des camps de "rééducation", selon les estimations du chercheur allemand Adrian Zenz. L’islam est-il vraiment sinisable ? Rien n’est moins sûr.


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