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La synthèse

Présidentielle américaine : la nouvelle Sécession

Par Ludovic Lavaucelle - Publié le 15 décembre 2020

Le 12 décembre, la Cour Suprême a rejeté la plainte initiée par le Texas, soutenu par une vingtaine d’autres États, contre les quatre États « pivots », dont l’objet était d’invalider leurs scrutins du 3 novembre et donc d’empêcher que leurs grands électeurs puissent voter le 14 décembre (cf. LSDJ 1142). Le vote a donc bien eu lieu le 14 et a logiquement désigné Joe Biden vainqueur. Les sages ont jugé qu’un État de la fédération n’avait pas l’autorité de s’immiscer dans la législation d’un autre État. Elle n’a donc pas jugé sur le fond. Pour de nombreux juristes, cette décision n’est pas étonnante car la faille repérée par le Procureur Général texan risquait d’ouvrir la boite de Pandore avec de multiples disputes à venir entre les États. La Cour Suprême tient par-dessus tout à garder son image neutre de gardienne du temple. Il n’empêche : la division est déjà là. Si les grands électeurs ont désigné Joe Biden le 14 décembre, Trump et son équipe légale menée par Giuliani ont déclaré qu’ils n’allaient pas baisser les bras.

L’Amérique a bien changé depuis 1860. Pourtant, la démarche du Texas a eu le mérite d’éclairer une situation inédite depuis la guerre civile : les États ont rejoint deux coalitions opposées. S’il ne s’agit plus du Nord industriel et expansionniste contre le Sud rural et enraciné, mais plutôt de l’Amérique libérale des côtes Atlantique et Pacifique et des métropoles contre l’Amérique conservatrice des campagnes du Sud et des plaines du MidWest, deux blocs se font à nouveau face. Comme dans les années 1850, ces deux parties du pays n’ont pas la même lecture de l’Histoire, ni la même vision de l’avenir. La situation dangereuse de 2020 ne vient pas tant d’une velléité d’indépendance de certains États rebelles ou d’une volonté de contrôle de l’État fédéral, que des soupçons d’ingérence de puissances étrangères, la Chine en premier lieu. Il s’agit aussi du radicalisme idéologique de l’Amérique libérale qui n’hésite plus à utiliser ses relais médiatiques pour imposer la censure, ou manipuler l’information, ce qui a aussi pour effet miroir de radicaliser le camp d’en face. Le chef du Parti Républicain du Texas n’a pas hésité à appeler à former « une nouvelle union d’États respectant la loi ».

Dès la nuit du 3 au 4 novembre, les grands médias ont en chœur déclaré Biden vainqueur. Ces mêmes quotidiens, NY Times ou Washington Post en tête, et les chaînes de grande écoute CNN, CBS, qui avaient largement véhiculé la théorie de l’implication russe dans l’élection de Trump, ont sciemment caché l’énorme affaire de corruption liant le clan Biden et la Chine et l’Ukraine. Pire encore, ils ont crié au « complot russe » en octobre. Etrangement, cette semaine, les informations ont fusé ciblant le fils de Joe Biden mais aussi son frère, et les courriers électroniques retrouvés démontrent que le « President-Elect » était au moins au courant des agissements de sa famille, ce qu’il a toujours nié, voire même qu’il serait bénéficiaire de millions reçus de l’étranger. En France, on n’a pas hésité à exécuter judiciairement le favori de l’élection de 2017 pour des soupçons infiniment moins graves… Comment se fait-il que, brusquement, cette affaire ressorte, y compris via les réseaux sociaux, Twitter en tête, qui avaient jusque-là appliqué une stricte censure sur cette affaire ? Sans doute parce qu’ils considèrent que leur champion est maintenant certain d’être élu… Peut-être aussi que Joe Biden, candidat démocrate par défaut, n’est qu’un faire-valoir et que du point de vue de la gauche libertaire, il sert surtout de marchepied à la Vice-Présidente Kamala Harris. Car s’il devait tomber dans quelques mois, c’est elle qui accèderait au poste suprême. En attendant, les médias européens semblent peu émus par ce scandale…

Qu’attendre d’ici le 20 janvier, date de la passation officielle du pouvoir ? Une guerre des tranchées légale et une autre échéance politique capitale. Tout d’abord, l’équipe de Giuliani a déjà fait savoir qu’elle allait multiplier les recours dans les États où elle a recueilli des témoignages de fraude présumée, et qu’elle ferait appel à la Cour Suprême à chaque fois que cela s’avèrerait nécessaire. Par ailleurs, l’autre équipe pro-Trump menée par l’ancien procureur fédéral Sydney Powell, une redoutable « superlawyer », suit la même stratégie au sujet des manipulations suspectées sur les machines de vote Dominion, y compris venant de l’étranger.

L’échéance majeure aura lieu le 5 janvier, avec le vote en Géorgie pour 2 sièges de sénateurs. À ce jour, le Sénat est divisé entre 50 élus Républicains et 48 Démocrates. Si les Démocrates remportent cette élection, ils auront le contrôle du Sénat (car à 50 contre 50, c’est la Vice-Présidente qui arbitre) en plus de la Chambre des Représentants déjà de leur côté. Si les Républicains conservent ces sièges, ils pourront exercer un contre-pouvoir puissant, en attendant les prochaines élections de mi-mandat concernant les Représentants (équivalents de nos députés).


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