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La synthèse

Pourquoi les Australiens ont cassé le "contrat du siècle" avec les Français

Par Ludovic Lavaucelle - Publié le 17 septembre 2021

C’est un uppercut difficile à encaisser pour le gouvernement français. On parle en effet d’un contrat colossal de près de 34 milliards d’euros signé en 2016 (dont la valeur a presque doublé aujourd’hui à cause des effets de change et de l’augmentation des coûts) pour la livraison de 12 sous-marins d’attaque à propulsion conventionnelle. Le ministre des Affaires Etrangères, Jean-Yves Le Drian, parle d’un « coup de couteau dans le dos » et de « décision à la Trump ». Tom Rogan, spécialiste Défense pour le Washington Examiner, explique les motivations australiennes (voir en lien ci-dessous). Si la déception et la colère françaises sont compréhensibles, il faut, selon lui, prendre en compte la situation géopolitique dans le Pacifique occidental qui explique ce revirement brutal. Sans oublier les griefs australiens quant à la gestion du contrat dès son démarrage par les Français… Le nouvel accord scellant l’alliance « AUKUS » nouée avec les États-Unis et le Royaume-Uni va permettre à l’Australie de fabriquer ses propres sous-marins d’attaque (à propulsion nucléaire cette fois) en achetant les technologies de propulsion. L’accord comprend aussi une coopération dans les domaines des missiles à longue portée, et du renseignement. Tom Rogan présente 5 leçons à retenir de ce revirement :

1.      L’Australie considère la Chine comme une menace immédiate

Les relations entre les deux pays sont exécrables. Les Australiens ont pris des mesures fortes de contre-espionnage pour limiter l’entrisme chinois dans leur pays. Les tensions ont culminé quand le gouvernement australien a demandé une enquête indépendante à Wuhan sur l’origine de l’épidémie de la Covid-19. Pékin a répliqué en imposant un blocus sur les importations venant d’Australie. Le préjudice économique est important pour Canberra qui a renforcé ses dépenses militaires et ses liens avec Washington. La conséquence stratégique est que la Marine australienne a besoin de sous-marins à plus long rayon d’action et qui offrent une meilleure défense face aux nouveaux satellites et aux capacités de détection anti sous-marine chinois. Les sous-marins de la famille Barracuda de conception française sont à propulsion diesel : ils ont le défaut de devoir remonter à la surface pour recharger leurs batteries…

2.       C’est un camouflet pour la France

C’est donc un contrat colossal de perdu qui engageait des milliers d’emplois. Mais les Français portent une responsabilité dans ce revers. Trop de tergiversations sur les délais et les développements réservés aux entreprises australiennes, et surtout des coûts en forte augmentation ont agacé Canberra. Cela étant dit, Tom Rogan considère que la colère française est justifiée. Les Australiens auraient pu acheter un plus petit nombre de sous-marins d’attaque de type Barracuda pour compléter l’accord majeur « AUKUS ». La technologie française est considérée comme excellente et, si la propulsion nucléaire est devenue nécessaire pour la Marine australienne, les « Barracudas » moins coûteux auraient constitué une force d’appoint appréciable. Paris a de quoi être en colère contre l’Administration Biden qui a manœuvré pour ne rien laisser aux Français. La décision courageuse du président Macron d’envoyer des sous-marins français pour patrouiller en Mer de Chine avec l’U.S. Navy n’est pas récompensée.

3.       La portée de l’accord « AUKUS » est limitée

On ne peut pas parler à ce stade « d’OTAN » du Pacifique. Les Australiens ne disposeront pas de leurs nouvelles armes avant une décennie. Les Britanniques ont engagé une flottille menée par leur vaisseau amiral le HMS Queen Elizabeth en août dernier. Elle devait traverser brièvement une zone maritime revendiquée par Pékin. Les Chinois ont lancé un avertissement. Les Britanniques ont répondu être « confiants mais pas provocants ». Résultat : ils ont « filé à l’anglaise » laissant les Américains seuls dans le secteur…

4.       La Nouvelle Zélande n’est plus un allié fiable

Alors que la Nouvelle Zélande fait partie du partenariat « Five Eyes », alliance du renseignement qui cible la Chine dans la Pacifique, elle n’a pas été invitée à rejoindre l’accord « AUKUS ». Ce n’est pas surprenant. Le pays a adopté une politique anti-nucléaire stricte. Et, sous l’égide de la Première Ministre Jacinda Ardern, le pays va toujours plus loin dans l’idéologie « woke » et a refusé toute condamnation de la répression chinoise à Hong Kong. Les Kiwis sont tellement « inclusifs » qu’ils ont invité un officier du renseignement chinois à assister à leurs séances parlementaires (dans le cadre d’une coopération)…

5.       La Chine s’est vue trop forte

Persuadés que leur pouvoir économique allait empêcher toute coalition contre leurs prétentions maritimes, les Chinois ont été trop confiants. Ils pensaient que les Australiens allaient ployer l’échine comme leurs cousins néo-zélandais… L’attitude chinoise, tant au sujet de la Covid-19 que sur le plan géopolitique, commence à déranger jusqu’aux instances européennes jusqu’alors bien passives …

 

 


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