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Bioéthique

La synthèse

« PMA pour toutes » : problématique dans son principe… et dans son application !

Par Philippe Oswald - Publié le 05 octobre 2021

Le décret d’application de la « PMA pour les femmes seules et les couples de femmes » a été publié le 29 septembre au Journal officiel. Le ministre de la Santé Olivier Véran ne cache pas sa satisfaction : « Une très bonne nouvelle, très attendue », s’est-il réjoui sur France Inter, le matin même. Concrètement, selon le décret d’application, « le prélèvement d'ovocytes peut être réalisé chez la femme jusqu'à son 43e anniversaire » tandis que les hommes peuvent donner leur sperme jusqu'à 60 ans. Toutefois, dans le cas d'une « autoconservation de ses gamètes en vue de la réalisation ultérieure d'une assistance médicale à la procréation » (congélation de gamètes en prévision d’une PMA), le prélèvement d'ovocytes chez les femmes se fera entre 29 et 37 ans maximum. Pour les hommes, le prélèvement de spermes sera possible entre 29 et 45 ans. Notons au passage que la nature – qui ne dit jamais son dernier mot – oblige encore à différencier les hommes et les femmes…

C’est néanmoins au bénéfice d’une procréation artificielle (et des laboratoires qui la pratiquent) que s’engage à fond le gouvernement. Le dispositif est résumé dans le compte-rendu du Conseil des ministres du 29 septembre. Selon Lucie Pacherie, juriste de la fondation Lejeune (cf. son article sur le site Gènétique en lien ci-dessous), les détails de ce dispositif révèlent que l’objectif est bien de faire de la procréation en laboratoire « un mode de procréation à part entière. » Elle pointe en effet dans le compte-rendu ministériel :

-Un plan de financement conséquent : 29,4 millions d’euros rien que pour cette année 2021 (7,3 millions investis en 2021 en plus des 22,1 millions de financement de base), dépenses que le gouvernement prévoit de poursuivre jusqu’en 2024 en tant que « crédits d’amorçage exceptionnels » malgré les besoins criants de l’hôpital. « Amorçage », le mot est bien choisi pour lancer officiellement en France le « business procréatif » (Jacques Testart) qu’est devenue la PMA.

-Un geste électoral à l’égard du lobby LGBT : avant même la promulgation de la loi et la rédaction du décret d’application, Olivier Véran s’était engagé à ce que le premier bébé prétendument à « deux mères » naisse « avant la fin du mandat ». Mais cette promesse semblant hasardeuse dans le temps imparti - qui coïncide avec la campagne électorale-, le gouvernement annonce « une réduction des délais d’attente pour bénéficier d’une AMP avec tiers donneurs à six mois, contre douze en moyenne aujourd’hui sur le territoire national ». Le compte-rendu du Conseil des ministres ajoute cette précision en forme d’aveu : « L’atteinte de cet objectif, ainsi que le début, avant la fin de la mandature, de grossesses chez les couples de femmes et femmes non mariées […] seront les témoins de la réussite de la réforme ». Autrement dit, la naissance de « bébés à deux mères » (mais privés de père) doit servir d’argument électoral…

-L’impunité pour les fraudeuses : les femmes ayant eu recours à la procréation médicalement assistée à l’étranger alors qu’elle était illégale en France, pourront en toute quiétude « procéder à une reconnaissance conjointe devant notaire » pour établir une double filiation maternelle. Tant pis pour le principe de la non-rétroactivité des lois !

-Enfin, une instrumentalisation éhontée des jeunes gens : comme les dons de gamètes, déjà insuffisants pour répondre à la demande de PMA « classique » (les délais sont d’un an en moyenne selon le ministère de la Santé), vont exploser avec la « PMA pour toutes », le gouvernement veut « prévenir toute pénurie liée aux nouveaux besoins ». Il annonce la diffusion d’une « campagne de promotion du don de gamètes sans précédent » à l’intention des jeunes. La campagne sera en effet « tournée vers les jeunes publics et relayée sur l’ensemble des réseaux sociaux et nouveaux médias tels qu’Instagram ou Brut ». Difficile de proclamer plus cyniquement la « chosification » de la procréation en utilisant des jeunes qui ne seront certes pas incités à réfléchir sur la paternité et la maternité responsables avant de donner leurs gamètes ! Ils seront félicités pour leur « générosité », d’autant plus appréciable que, comme l’avait expliqué Agnès Buzyn, les jeunes « donnent des gamètes de meilleure qualité ».

C’est ainsi, conclut Lucie Pacherie, qu’on opère « un changement de civilisation », les jeunes gens étant invités à s’impliquer physiquement dans cette fabrique d’enfants en laboratoire. Comme l’avait prédit ce pionnier de la PMA qu’est Jacques Testart, la sexualité sera ludique, la procréation affaire de laborantins. Un autre monde… qui tourne ostensiblement le dos à l’écologie humaine.


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