La Sélection du jour | Pirater, est-ce aussi informer ? (n°543)
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Pirater, est-ce aussi informer ?

Par Judikael Hirel - Publié le 04 janvier 2019

Le scandale bouillonne outre-Rhin : les données personnelles d’un millier de personnalités politiques allemandes, dont certaines liées à la chancelière Angela Merkel, ont été publiées sur Internet. Le gouvernement allemand l’a annoncé vendredi 4 janvier. Mais de cette masse de données obtenus en toute illégalité, des scandales pourraient bien émerger.


C’est via un compte Twitter, bloqué depuis, qu’ont été dévoilés des liens vers des giga-octets de données piratées : contacts, correspondance,  informations financières, pièces d'identité… Selon le ministère de l'Intérieur, tous les grands partis politiques allemands, des démocrates-chrétiens de la chancelière aux Verts, sont concernés, hormis le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD). Si la ministre allemande de la Justice, Katarina Barley, a dénoncé "une attaque grave" commanditée par ceux "qui veulent saboter la confiance en la démocratie et ses institutions ", un journaliste du Bild, Julian Röpcke, a commencé à se plonger dans ces Bundestag Leaks ou BTLeaks. Après avoir passé des heures à analyser 3% de la montagne de documents, il a déjà relevé plusieurs scandales politiques potentiels, notamment liés à des faits de corruption.


Pour autant, ces données peuvent-elles être utilisées par la presse ? C’est la question qui se pose à chaque nouveau piratage massive, des Paradise papers aux récents Football Leaks, sans oublier les millions de documents dévoilés par les Wikileaks. On se souvient qu’à la veille des élections présidentielles, la presse française avait refusé de faire usage des informations et échanges de courriers diffusés dans les Macronleaks.  Ces données ont par la suite, en juillet 2017, été intégralement mises à disposition, avec un moteur de recherche par mot clés par Wikileaks, le site fondé par Julian Assange. Mais qui dit piratage dit aussi intention : si la motivation première des hackers n’est ni l’argent, ni l’idéalisme, toute information piratée et reprise pose alors la question du but visé. Dit autrement, peut-on en même temps informer  et être utilisé, que ce soit pour déstabiliser une élection ou un pays ? C’est la question que se pose chaque semaine, en toute objectivité ou non, une rédaction telle que celle du Canard Enchainé : transmettre une information, un document, un verbatim, n’est jamais innocent. Et au fond, dans ces conditions, qui utilise qui ?




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