Partager

International

La synthèse

Pierre Lellouche : "C'est une véritable rupture historique"

Par Louis Daufresne - Publié le 08 avril 2020

Comme on le sait, si la critique est aisée, l’art est difficile. Les Français ont ceci d’agaçant qu’ils brûlent toujours leurs chefs, même s’ils ne les ont pas adorés. D’ordinaire, ce sont les populismes qui mettent le feu aux fagots de nos brasiers idéologiques. Quand une voix plus autorisée craque aussi l'allumette, le propos gagne en influence. C’est le cas de Pierre Lellouche, ex-député et conseiller de Paris, secrétaire d’État aux Affaires Européennes (2009-2010), et président de l’Assemblée parlementaire de l’Otan (2004-2006). C'est aussi l'un des fondateurs de l'IFRI (Institut Français des Relations Internationales). Deux précisions utiles : la première, c’est que l’avocat se retira de la vie politique entre les deux tours de la présidentielle, n’acceptant point que son parti appelle à voter pour Emmanuel Macron. La seconde, c’est que son expérience des questions de prolifération nucléaire, chimique et bactériologique l’autorise à parler. Son interview au Figaro (réservée aux abonnés) mérite ainsi d’être lue.

Pierre Lellouche pense qu’on a « affaire à quelque chose de très proche de la grippe espagnole de 1918, qui avait tué au moins 50 millions de personnes ». Il accuse François Hollande d’avoir dilapidé les stocks de masques. Quant au gouvernement actuel, « il s’est rendu coupable d’un mensonge d’État, affirmant, pour justifier son impréparation, que les masques ne servaient à rien ». Pierre Lellouche croise les références, allant de l’Ecclésiaste à Clemenceau. Du « Père la Victoire », il cite cette phrase : « Il y a dans ce pays un universel laisser-faire, un universel laisser-aller », relevant que « la vraie division est entre les pays qui se sont préparés – Corée du Sud, Taïwan, Singapour, Hongkong –, les pays autoritaires comme la Chine et ceux, en Occident, qui ne se sont pas préparés ».

Les conséquences ? À la lecture de ses propos, on pourrait distinguer trois étapes :

1ère étape : l’incurie engendre la colère :« Les peuples vont réclamer davantage d’efficacité et de compétence. Ils vont mettre en cause, y compris pénalement, la responsabilité des politiques ! »

2ème étape : la colère engendre la rupture : « Pourrait s’ouvrir (…) une période de déconstruction, peut-être même brutale, de l’Union européenne », si les États membres n’arrivent pas à mutualiser leurs dettes qui seront immenses, par le biais des coronabonds. Devant une Amérique égoïste, les alliances traditionnelles vont être remises en cause, comme l’Otan qui « est déjà une coquille vide qui ne sert plus qu’à rassurer les Polonais et les Baltes ».

3ème étape : la rupture engendre la reconstruction : « Nous allons assister à l’émergence d’un nouveau monde, avec d’autres formes de démocratie, qui aspireront à redéfinir le capitalisme, à redonner un rôle central à l’État. » Ajoutée au retour aux frontières nationales, ce mouvement pourrait aboutir à repenser le contrat social. « L’exemple du confinement à géométrie variable, le fait qu’il ne soit pas respecté dans les quartiers, va laisser des traces. C’est peut-être la fin (…) du "vivre ensemble", qui (…) ne veut pas regarder en face la haine que certains éprouvent contre notre pays et contre ses règles. »

Point-clé de cette interview : son regard sur la Chine, grande gagnante de cette pandémie car « elle aura les liquidités et la production industrielle nécessaires pour accélérer sa quête de domination du monde, avec en face d’elle des États-Unis et une Europe affaiblis et surendettés ». Connu pour ses sympathies atlantistes, Pierre Lellouche plaide pour que l’Amérique et l’Europe « fassent à nouveau route ensemble ». Sauf que l'avocat semble à court pour penser qu'on repartira comme en 1945.


La sélection

Les dernières sélections