La Sélection du jour | Pédophilie : et maintenant, le patinage, la natation…(n°877)
Partager

Société

La synthèse

Pédophilie : et maintenant, le patinage, la natation…

Par Philippe Oswald - Publié le 04 février 2020

On n’en finit pas de payer l’addition de la « révolution sexuelle » des années soixante. Bien qu’en France, les médias aient préféré se focaliser sur les abus perpétrés par des hommes d’Eglise, une succession de « révélations » relayées par les réseaux sociaux les oblige à élargir leur spectre à l’ensemble des institutions sociales, éducatives, culturelles, sportives…Il y a quelques jours paraissait le livre-témoignage « Consentement » (éditions Grasset)  de l’éditrice Vanessa Springora dénonçant les abus dont elle a été victime, alors qu’elle n’avait que 13 ans, de la part de l’écrivain  Gabriel Matzneff, alors quinquagénaire. A l’époque déjà, la pédophilie de ce personnage n’était un secret pour personne puisqu’il en faisait profession avec la complaisance quasi générale des milieux « branchés », comme en témoigne son passage à la célèbre émission «Apostrophes » de Bernard Pivot en 1990 où seule la canadienne Denise Bombardier avait eu le courage de s’insurger en quittant le plateau après avoir crié son indignation. Bien d’autres, dans l’art ou la politique (y compris des ministres) sont suspectés ou ont avoué à demi-mots s’être rendus coupables de tels abus. Rares sont ceux qui ont encouru l’opprobre publique à défaut de procès, la plupart des faits étant prescrits. Le cas le plus célèbre (grâce aux réseaux sociaux) est celui d’une idole de mai 68, Daniel Cohn-Bendit, qui continue d’être interrogé avec révérence sur les chaînes de télévision alors que circule en boucle la célèbre émission Apostrophes de 1982 dans laquelle il se vantait de sa pédophilie.

Mais le vent tourne…enfin ! Pan après pan, toutes les institutions sociales sont mises sur la sellette. C’est à présent l’heure des milieux sportifs dans lesquels les abus sexuels, y compris les viols sur mineurs, étaient un secret de polichinelle. Le coup a été porté par le journal « L’Equipe » (29 janvier – en lien ci-dessous) avec une enquête sur les violences sexuelles et le harcèlement moral subis de la part de leurs entraîneurs par de jeunes athlètes mineures dans les milieux du patinage artistique et de la natation. Plusieurs patineuses et nageuses ont accepté de témoigner : Hélène Godard, ex-espoir du patinage français, qui accuse son entraîneur de l’époque, Gilles Beyer (devenu entraîneur national et directeur des équipes de France) de l’avoir violée à de nombreuses reprises alors qu’elle avait entre 13 et 14 ans ; Anne Bruneteaux qui témoigne qu’à la même époque, elle a été la proie de Michel Lotz, son entraîneur, alors qu’elle avait entre 13 et 15 ans ; Béatrice Dumur qui accuse ce même individu de plusieurs «viols» dans les années 80 alors qu’elle n’avait que 13 ans. Vingt-quatre heures après la publication de l’enquête de « L’Equipe » paraissait en librairie « Un si long silence » (éditions Plon), le témoignage choc de l'ancienne patineuse Sarah Abitbol, dix fois championne de France de patinage artistique en couple, multi-médaillée européenne et mondiale en couple. Elle aussi affirme avoir été violée par Gilles Beyer à de nombreuses reprises entre 1990 à 1992 alors qu’elle n’avait qu’une quinzaine d’années. L’entraîneur vient de concéder avoir eu « des relations intimes » et « inappropriées » avec son ex-élève. « Ce ne sont pas des relations inappropriées, mais des viols ! (...) je ne l'excuse de rien !» a sèchement rétorqué Sarah Abitbol sur le site de l’Obs.

Didier Gailhaguet, le président de la Fédération française des sports de glace depuis vingt ans, réputé omniprésent et omniscient, ne pouvaient pas ignorer ces abus. « On était tous au courant du côté déviant de Gilles Beyer », a témoigné sur RTL l’ancien patineur Gwendal Peizerat (champion olympique de danse sur glace en 2002). En conséquence Roxana Maracineanu, ministre des Sports, a demandé à Didier Gailhaguet de démissionner. Mais qu’il y consente ou non, l’affaire ne fait que commencer : la Justice est saisie…et l’homme n’a manifestement pas envie de « tomber » tout seul. Comment se fait-il qu’après une plainte de parents sur les agissements de Gilles Beyer, réputé proche de Didier Gailhaguet, une enquête menée par le parquet de Créteil en 2000 n’ait pas abouti, et qu’un rapport accablant de l'Inspection générale du ministère des Sports ait été soldée par une brève éclipse (entre 2004 et 2007) de cet entraîneur ? Après avoir refusé les excuses de Gilles Beyer, Sarah Abitbol a déclaré sur le site internet de L'Obs qu'elle attendait une deuxième étape, « celle qui mettra en lumière la responsabilité de tous ceux qui ont couvert, dans le club [le club parisien « Les Français volants »] et à la fédération ». A suivre…


La sélection

Les dernières sélections