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Culture

La synthèse

Patrimoine : puisse le malheur avoir du bon !

Par Philippe Oswald - Publié le 18 avril 2019

Y aura-t-il un "après" l’incendie de Notre-Dame ? Au-delà des questions qui restent posées sur l’origine de l’incendie et sa stupéfiante propagation, une chose paraît certaine : il aurait pu être évité. La présence de détecteurs de fumée et d’un PC de sécurité incendie ont certes permis d'évacuer la cathédrale en quelques minutes mais pas de maîtriser l'incendie. Il est ahurissant que l’endroit le plus vulnérable du bâtiment, sa charpente plus de huit fois séculaire, sa fameuse « forêt », n’ait pas été mieux prémuni contre l’embrasement, alors même que le risque était accru par les travaux de restauration en cours comme l’attestent de cuisants précédents (incendies du château de Lunéville, de la Basilique Saint Donatien à Nantes, de l’hôtel Lambert à Paris, du château d’Angers …) Qu’a-t-on fait du « principe de précaution » pour le plus célèbre de nos joyaux architecturaux ? Une fois de plus, l’Etat se révèle un désastreux gestionnaire des biens…qu’il a confisqués à l’Eglise en 1905.

Le milliard de dons en voie d’être atteint pour reconstruire ou du moins restaurer la cathédrale de Paris fait ressortir par contraste la pauvreté des moyens consentis par l’Etat à l’entretien et à la sauvegarde de notre patrimoine architectural :  326 millions d’euros sur les 10 milliards d'euros alloués par l'Etat à la culture en 2018, soit 3 % de ce montant représentant lui-même 1% du budget de l’État, une misère ! Pis, pour 2019, selon Le Canard Enchaîné (17 avril), l’Etat n’aurait affecté que 18 millions à l’entretien des monuments historiques, dont nos 86 cathédrales…Moins de 100 000€ par monument !  La France, première destination touristique mondiale, source de plus de 7% du PIB, notamment en raison de son patrimoine architectural (près de 44 000 monuments historiques en plus des lieux de culte), devrait en réalité dépenser plus de dix milliards d’euros pour assurer leur entretien et leur restauration.

Force est de constater que cette défaillance de l’Etat rend nécessaire le recours aux fonds privés en complément du financement public pour sauvegarder notre patrimoine, sans pour autant le sacrifier sur l’autel du commerce et de la publicité. En complément du Loto du patrimoine déjà lancé par Stéphane Bern, sa proposition que des mécènes financent la restauration de monuments où ils pourraient ensuite exposer leurs collections, voire que la gestion de monuments publics puisse être confiée au secteur privé en tant que locataire des lieux, mérite d’être soutenue et relancée. De telles solutions sont depuis longtemps mises en œuvre par l’Italie et l’Espagne qui ne nourrissent pas les mêmes préventions que la France pour le financement privé de leur patrimoine.

Sur France Info, Didier Rykner, le rédacteur en chef du magazine la Tribune de l'art, et Alexandre Gady, historien de l'art, dénoncent le manque cruel d'entretien des bâtiments de France.


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