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Sport

La synthèse

Pas marrant Neymar !

Par Louis Daufresne - Publié le 14 septembre 2020

Peut-être en avez-vous rien à foot et si tel est le cas, zappez cette LSDJ. Pourtant, ce matin, on ne parlait que de ça : la défaite du PSG contre Marseille (1-0) hier au Parc des Princes, sa première en neuf ans contre son rival sudiste. Un « Clasico », c’est toujours un cocktail entre la pelouse, les tribunes et la rue. En raison du Covid, la foule ne pouvait mettre le feu aux tribunes. Alors le Collectif ultras Paris (CUP), le principal groupe de fans du PSG, s’est fendu de deux banderoles ordurières déployées devant le Parc des Princes et sur le pont de Bir-Hakeim, devant la Tour Eiffel. Sur l'une, on pouvait lire « PSG-OM : 9 ans de sodomie en bande organisée ». L'autre s'en prenait au joueur marseillais Dimitri Payet et à sa femme. La ministre déléguée aux Sports, Roxana Maracineanu, s’en est émue : « J'étais complètement choquée de voir ça à l'extérieur. J'ai toujours dit que, dans un stade, il ne pouvait pas y avoir des choses qui ne sont pas acceptables à l'extérieur et là, aujourd'hui, c'est à l'extérieur du stade que les supporters déploient les banderoles. Je trouve ça honteux, je suis indignée par ce genre de comportement. » Roxana Maracineanu avait déjà abordé le sujet en mars 2019, après un PSG-OM où elle s'en était pris aux chants assimilant les Marseillais à « des rats », des « pédés » ou des « enculés ». Le ministre de l'Éducation, de la Jeunesse et des Sports, Jean-Michel Blanquer, a entonné le même couplet. Côté éléments de langage, c’est sûr que le kop du PSG piétine les chartes LGBT ou le slogan « say no to racism ». On peut s’en indigner. Mais qu’y a-t-il de plus choquant ? Ce qui se passe en marge du sport ou dans le sport ? Le premier ne reflète jamais que le second : un monde sans foi ni loi. Le racisme et l’homophobie ne sont que les défouloirs que se cherche un populo en mal de combats transgressifs.

La question que les ministres devraient se poser, c’est : quel exemple les professionnels du sport nous donnent-ils ? Passons sur les pratiques esclavagistes du marché du foot, miroir d’une concurrence qui sévit dans toute l’économie. Passons sur les accointances avec des pays douteux du golfe persique ; ils ont le mérite de remettre de l’argent dans un club qui ne gagne pas. Passons sur le premier procès suisse dans une affaire de droits TV de la Fifa où comparaît comme prévenu le président du PSG, Nasser Al-Khelaïfi. Passons sur le dopage et toute l’ingénierie de la performance. Passons sur les scandales sexuels qui touchent toutes les disciplines, y compris l’escalade ou le patinage. Passons sur la fabrique des idoles : Ronaldo est le Portugais le plus connu de tous les temps. C’est une divinité au physique parfait, un titan qui porte le mythe de l’invulnérabilité. S’indigner d’une banderole est chose facile. Mais que fait le politique pour réguler les mœurs du sport de haut niveau ? De quel bilan peut-il se prévaloir ?

Le match d’hier devrait faire office d’électrochoc. Ce duel avec l’OM s’est conclu par 17 avertissements et une bagarre générale qui a valu au PSG de prendre trois cartons rouges (Neymar, Kurzawa et Paredes). Le numéro 10 n’a cessé d’afficher sa nervosité. Après la rencontre, Neymar s’est lâché sur twitter contre le défenseur marseillais Alvaro Gonzalez. « Mon seul regret, c'est de ne pas avoir frappé ce connard au visage », a-t-il écrit. L'Espagnol l'aurait traité de « singe ». Certes, Neymar n'est point passé à l'acte mais mesure-t-il le poids de ses paroles, répercutées sur toute la planète ? Si les riches peuvent tout se permettre, pourquoi les pauvres n'en feraient-ils pas autant ? Le plus truculent, c’est l’explication de l’entraîneur du PSG, Thomas Tuchel : « Nous sommes une équipe avec beaucoup de Sud-Américains, (…) nous sommes un mix très émotionnel ». Une phrase qu'on aurait aimé voir décrypter par un Claude Levi-Strauss.


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