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La synthèse

Tchad : L’intervention gênée de la France

Par Antoine Carthago - Publié le 18 février 2019

Du 3 au 6 février, les forces aériennes françaises ont mené une série de frappes contre une colonne de rebelles tchadiens, descendus de leur base arrière libyenne, où ils sont retranchés depuis 2010. Cette intervention a immédiatement suscité des protestations de l’opposition tchadienne et un certain malaise du gouvernement français. Et pour cause : le gouvernement a bien du mal à justifier ces frappes.

L’intervention a eu lieu dans la zone d’opération de Barkhane, étendue sur tout le Sahel et particulièrement au Mali, mais dont le QG se situe à N’djamena, la capitale tchadienne. Cette opération lutte contre le terrorisme, et notamment contre Al Qaeda au Maghreb islamique, qui a conduit plusieurs attentats sanglants dans les capitales de la région et continue de cibler la France et l’Occident à travers des prises d’otages.

Cependant, les forces récemment bombardées au Nord du Tchad ne sont aucunement des groupes djihadistes, mais bien des rebelles opposés au régime du président tchadien Idriss Déby et, ironie du sort, dirigée par son neveu. Cette rébellion s’inscrit dans le contexte intérieur tchadien, marqué depuis des décennies par des luttes armés pour le pouvoir. Le président Déby y est lui-même parvenu par la force en 1990, avant d’être réélu depuis sans discontinuer, dans des conditions démocratiques toutes relatives. Par deux fois, en 2006 et en 2008, il a reçu un soutien de la France contre ses ennemis en armes, quoique jamais aussi directement qu’aujourd’hui.

L’embarras des autorités s’est ressenti dans les déclarations ambiguës qui ont suivi les frappes. L’état-major des Armées a précisé que l’opération ne s’inscrivait pas dans le cadre de Barkhane bien qu’elles aient été menées avec les moyens de Barkhane (des mirages 2000 et un drone Reaper). Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian ensuite expliqué qu’elles visaient à protéger le Tchad d’un "coup d’Etat". Mais les spécialistes doutent de la capacité de la rébellion, en l’état, à menacer sérieusement le pouvoir. Les allusions du ministre à un "groupe venu du Sud libyen" (où sévissent aussi des groupes terroristes) ou à l’opération Serval (lancée en 2013 contre les djihadistes au Nord du Mali) permet d’omettre la distinction, pourtant fondamentale, entre une opération antiterroriste et une action de protection d’un pouvoir en place.

Car si la première est clairement justifiée pour l’opinion publique, ce n’est pas le cas de la seconde, qui plus est lorsqu’Emmanuel Macron s’est engagé à rompre avec les vieilles pratiques de la "Françafrique", consistant à se porter au secours de régimes autoritaires. C’est ainsi qu’en informant le Parlement, comme l’exige l’article 35 de la Constitution en cas d’emploi des forces, le Premier Ministre n’a pas juger utile d’en préciser les objectifs, comme le veut l’alinéa 2 dudit article. Il a certainement préféré suivre le Cardinal de Retz, selon qui « on ne sort de l’ambigüité qu’à son détriment ».


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