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Religion

La synthèse

L’appel à la fraternité du Pape François et du grand Imam d’Al-Azhar

Par Philippe Oswald - Publié le 05 février 2019

La visite du pape François aux Emirats arabes unis (3/5 février) est la première effectuée par un souverain pontife dans la péninsule arabique, berceau de l'islam. C’est une démarche audacieuse, placée par le pape sous l’égide de son saint patron François d’Assise qui, en 1219, il y a 900 ans, avait entrepris à ses risques et périls de rencontrer le sultan de Babylone pour le convaincre d’embrasser le christianisme. Sans afficher une telle ambition, le pape François répondait à l’invitation des Émirats arabes unis à participer à la Conférence sur la fraternité humaine organisée à Abu Dhabi.

Le clou de cette rencontre fut la cosignature par le pape François et le cheikh Ahmed al Tayyeb, grand Imam de l’université Al-Azhar, au Caire, d’un document « pour la paix mondiale et la coexistence commune ». Les signataires « déclarent adopter la culture du dialogue comme chemin ; la collaboration commune comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère », et pressent les dirigeants du monde « de s’engager sérieusement pour répandre la culture de la tolérance, de la coexistence et de la paix; d’intervenir, dès que possible, pour arrêter l’effusion de sang innocent, et de mettre fin aux guerres, aux conflits, à la dégradation environnementale et au déclin culturel et moral que le monde vit actuellement. » Ils partagent « fermement » la conviction que « parmi les causes les plus importantes de la crise du monde moderne, on trouve une conscience humaine anesthésiée, l'aliénation des valeurs religieuses, ainsi que la domination de l'individualisme et des philosophies matérialistes ». Soutenant le droit des femmes et la famille, ils condamnent « toutes les pratiques qui menacent la vie, telles que les génocides, les actes terroristes, les déplacements forcés, le trafic d’organes humains, l’avortement, l'euthanasie et les politiques qui soutiennent tout cela ». Un véritable coup de théâtre, ce document : le grand imam d’al-Azhar a révélé que l’idée était née autour d’une table à la Domus Sanctae Marthae, au Vatican, lors d’une visite qu’il avait rendue au Pape François.

Par cet acte historique, le pape et le grand Imam ont bravé une opinion publique chauffée à blanc, dans le monde musulman mais aussi, de plus en plus, en occident, s’agissant de leurs relations mutuelles. Cette charte se fonde sur la conviction partagée que « la foi porte le croyant à voir dans l’autre un frère à soutenir et à aimer » : « Nous ne pouvons invoquer Dieu comme Père de tous les hommes si nous nous refusons de nous comporter en frères envers certains des hommes qui sont créés à l’image de Dieu », a souligné le pape en citant la déclaration du Concile Vatican II Nostra Aetate. Les périls du temps présent pressent « à exprimer cette fraternité humaine en sauvegardant la Création et tout l’Univers et en soutenant toute personne, en particulier les plus nécessiteuses et les plus pauvres ». Comme au temps du Déluge, a expliqué le pape François dans son intervention, « pour préserver la paix, nous avons besoin d’entrer ensemble, comme une unique famille, dans une arche qui puisse sillonner les mers en tempête du monde : l’arche de la fraternité ».

Vœu pieu, utopie, dangereux irénisme ? Le souverain pontife a lui-même soulevé l’objection pour y répondre en citant son prédécesseur, Benoit XVI : « La fraternité est « une vocation contenue dans le dessein créateur de Dieu » qui est « Créateur de tout et de tous » et « veut que nous vivions en frères et sœurs, habitant la maison commune de la Création qu’Il nous a donnée ». C’est pourquoi, « il n’existe pas de violence qui puisse être religieusement justifiée » et cela constitue « une grave profanation du Nom de Dieu que de l’utiliser pour justifier la haine et la violence contre un frère ».

Pour autant, a ajouté le pape, il ne s’agit pas d’occulter ce qui sépare chrétiens et musulmans. Un vrai dialogue ne peut s’instaurer que si chacun assume « sa propre identité qu’il ne faut pas abdiquer pour faire plaisir à l’autre ». Le pape n’a d’ailleurs pas hésité à « mettre les pieds dans le plat » en exhortant au retour à la paix au Yémen, en Syrie, en Irak et en Libye. Il a aussi fortement plaidé pour la liberté religieuse, laquelle « ne se limite pas à la seule liberté de culte mais voit dans l’autre véritablement un frère, un fils de la même humanité que Dieu laisse libre et que, par conséquent, aucune institution humaine ne peut forcer, pas même en Son nom ».


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Signature d’une Déclaration d’Abu Dhabi sur la fraternité de la part du Pape et du grand imam d’al-Azhar
Lire l'article sur : Fides
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