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Santé

La mort vue de l’intérieur

C’est une expérience inédite qu’ont réalisé les chercheurs d’une université allemande : voir ce qui se passe dans notre cerveau quand sonne l’heure de la mort… et un peu après.

On dit que le premiers récit d’Expérience de mort imminente (EMI) serait celui recueilli par un médecin militaire du nord de la France en 1740. Si le contenu, le récit de ces EMI varie selon les époques et les lieux, la question a toujours obsédé les chercheurs, et les êtres humains en général : que se passe-t-il vraiment dans le cerveau au moment de la mort ? L’équipe du Coma Science Group à l'université de Liège a vu la mort comme jamais on ne l’avait vue jusque-là, c’est-à-dire depuis l’intérieur du cerveau. Leur étude a été publiée dans la revue Annals of Neurology, où ils en expliquent le but : savoir, dans le cadre des traitements d’urgence, à quel moment les dommages subis par le cerveau deviennent irréversibles.

Selon les résultats qu’ils ont obtenu, c’est une véritable vague de "silence électriques et de dépolarisation" qui se répand dans le cortex cérébral dans les 2 à 5 minutes suivant l'ischémie, c’est-à-dire le moment où les organes (dont le cerveau) ne sont plus alimentés en sang, et donc en oxygène. Les neurones se mettent d’abord en mode "économie d’énergie" . Pendant cette phase intermédiaire, au cours de laquelle le cerveau est littéralement entre la vie et la mort, celui-ci ne subit pas encore de lésion irréversible. Ensuite, les scientifiques ont assisté à une sorte d’incendie électrique, une "vague de dépolarisation" des neurones, allant d’un bout du cerveau à l’autre, à la vitesse de 50 microns par seconde, dans tout l'encéphale, avant de s'éteindre à l'autre bout. Une véritable réaction en chaîne, se transmettant de neurone en neurone.

Pour parvenir à étudier cet ultime moment de l’intérieur, les chercheurs ont suivi neuf patients en soins intensifs à la suite de blessures cérébrales, faisant l'objet d'un monitorage neurologique lourd, Une fois devenu clair que ces patients ne survivraient pas, les neuroscientifiques allemands ont demandé aux familles leur accord pour poursuivre l’enregistrement jusqu’à ce que électroencéphalogramme n'enregistre plus aucune activité cérébrale, et même après. Les électrodes placées à l'intérieur du crâne, sous la dure-mère, ont permis d’enregistrer l’activité électrique du cerveau, même à très basse fréquence. C’est cet accès aux très basses fréquences, correspondant à une activité électrique lente, qui a permis à Jens Dreier et à son équipe de visualiser ce qui se passait dans le cerveau de personnes en train de mourir.


La mort telle qu'elle n'avait jamais été vue 23-11-2018

Lire l'article sur Les Echos
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