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Politique

La France, ses fromages, ses comités Théodule

« Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ? », aurait dit le général de Gaulle. Eh bien, en créant ce que de Gaulle, encore lui -mais cette fois, la citation est sûre- appelait « un comité Théodule ». C’est ce que vient de faire Emmanuel Macron, avec ce Haut Conseil pour le climat, qu’il a installé ce 27 novembre dans une réunion à huis clos, juste avant  son discours sur la transition écologique. Composé de 13 experts, le Haut conseil pour le climat a pour mission, selon un de ses membres, Laurence Tubiana (ex-négociatrice pour la France lors de la COP21), de « répondre à cette question: est-ce que la France est dans les clous pour respecter l'accord de Paris ». Seulement, voilà : ce qui est essentiel, disait de Gaulle, « ce n’est pas ce que pensent le comité Gustave, le comité Théodule ou le comité Hippolyte, mais ce qui est utile au peuple français ». Pas sûr que l’utilité d’un énième comité saute aux yeux des Français peu soucieux, à vrai dire, de savoir « si la France est dans les clous » de la COP21. Aucune chance, en tout cas, que la création de ce Haut Conseil pour le climat apaise les Gilets jaunes qui n’ont relevé aucune mesure concrète dans l’allocution télévisée du président de la République, ce même 27 novembre. En annonçant une « grande concertation de terrain sur la transition écologique et sociale »,  Emmanuel Macron a pourtant cité cette phrase, qui résume leur colère : « On nous parle de fin du monde alors que nous parlons de la fin du mois ». Mais le chef de l’Etat ne s’adressait qu’incidemment aux Gilets jaunes. Son intervention était destinée à présenter aux Français la « Programmation pluriannuelle de l'énergie » (PPE), qui doit fixer la politique énergétique française d'ici… 2028.

 Combien sont-ils, au fait, ces comités Gustave, Hippolyte ou Théodule ? En analysant le projet de lois de finance 2019, Le Canard Enchaîné a compté 387 « commissions et instances consultatives placées directement auprès du Premier ministre ou des ministres ». Une inflation qui semble poursuivre celle des variétés de fromage, depuis la phrase attribuée à de Gaulle : on en répertorie aujourd’hui pas moins de 1800 ! Mais à la différence des fromages, nombre de commissions n’ont ni saveur, ni odeurs : leur activité est des plus réduites (ex. : la Commission interministérielle des données d'origine spatiale ne s'est pas réunie une seule fois en 2017) et leur coût n’en paraît que plus exorbitant (ex. : 310.000 euros pour l'Observatoire national de la politique de la ville, qui n'a tenu que deux réunions dans l’année). Comment ne pas soupçonner ces commissions d’être en effet des « fromages » pour certains de leurs membres ? Quant à leur fonction réelle, elle semble avoir été définie une fois pour toutes par Clemenceau : « Quand on veut enterrer une décision, on crée une commission »…

Une chose est certaine : les contribuables devront payer pour ce Haut Conseil pour le climat comme pour les autres comités. Même lorsqu’ils emploient des bénévoles, ils requièrent locaux, logos, sites Internet, publications, secrétariat, agence de communication et autres postes dispendieux. En plus des taxes qui les fâchent, l’écologie faisait déjà peser sur les Français les coûts d’un ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, d’un ministre du Transport, Élisabeth Borne, flanqué de deux secrétaires d’État avec leurs cabinets, 28 corps de fonctionnaires rattachés, avec des administrateurs civils … beaucoup de monde ! Tellement que l’État s’avoue incapable de produire un décompte exact des personnes que l’écologie et tout ce qu’elle traîne dans son sillage lui font employer. Cerise sur le gâteau : il existe déjà un Conseil national de la transition écologique (CNTE)! Alors, pourquoi charger encore la barque avec ce Haut Conseil pour le climat ?


La lourde facture des observatoires et comités Théodule de la République
Capital 14-11-2018

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