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Société

Les enfants du millénaire vont-ils changer la société ?

Il n’y a pas que la consommation et les "Black Friday" dans la vie… Pour les jeunes adultes, l’être et sa valeur s’opposent à la marchandisation ; le fait de vivre sa vie à l’idée de, seulement, la gagner. Cécile Van de Velde, professeur de sociologie à l’université de Montréal, a observé attentivement la jeunesse actuelle, une génération très angoissée et pessimiste. "J’ai été très frappée par le niveau de colère, par le niveau de critique "antisystème", confie-t-elle au Monde. Y compris de la part de ceux qui étaient à l’intérieur même de ce système et qui ont réussi. Cette colère dérive directement du monde qu’ils reçoivent et qui ne répond pas à leurs aspirations. Mais elle est aussi liée à ce qu’ils ont compris de la vie de leurs parents. La colère envers la société, envers le marché, envers les modes de gouvernement est d’autant plus forte chez ceux - et ils sont nombreux - qui ont été témoins de sacrifices parentaux."

Pour Cécile Van de Velde, ces jeunes adultes, ces ­"enfants du siècle" "ont une énergie très particulière. Bien sûr, il y a de très fortes inégalités internes, mais certains traits communs émergent. C’est une génération éduquée et très critique, qui peut marquer son histoire. Face à l’adversité, elle cherche un nouveau sens et défend une forme d’existentialisme, elle a envie de vivre ce présent, de redonner du sens, sans peur de la mobilité. "Si on lui laisse les clés, elle aura des choses à changer. Je pense que nous sommes à une fin de cycle, à un moment charnière. Les jeunes portent déjà un nouveau monde, un nouveau rapport au temps, une forme d’accélération de la société. C’est une génération du décalage : du décalage entre le monde dont elle hérite – un monde qui se vit en crise et en ­déclin –, et le monde qu’elle va porter, le monde de l’ouverture, de la connexion. D’ailleurs, je suis frappée par la forte ­différence entre la génération des 20 ans, qui commence à jouer sa propre carte, et celle des 30 ans, qui a cru en la promesse sociale et se sent ­davantage trahie."

Dans cette génération, la chercheuse voit également une évolution du rapport à l’autorité : "on passe du « chef », celui qui donne des ­ordres indiscutables, à « l’accompagnant », le leader, celui qui va permettre de faire éclore la créativité, l’autonomie, l’être. Ce n’est pas l’autorité en soi qui est remise en cause : quand elle est pensée comme légitime, elle est acceptée. Ce qui est rejeté, c’est l’idée d’une pression absurde, la perte de sens, la sensation d’être réduit dans son être et sa valeur, d’être « marchandisé »". On constate également une ­défiance de plus en plus forte à l’égard du travail salarié, avec l’apparition de « loyaux critiques » : "ils ont un travail salarié, mais ils n’y croient plus. Ils observent, travaillent, mais ne se sentent pas considérés à leur juste ­valeur, surtout pendant les premières années. On voit alors monter le rêve ­d’aller plus loin, ce qui passe souvent par l’indépendance professionnelle."


Cécile Van de Velde : « C’est la jeune génération qui détient aujourd’hui les clés de sortie de crise »
Le Monde 23-11-2017

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