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Islam

Quand le « confesseur » des djihadistes français prêchait dans le désert

David Thomson a reçu le 4 juillet le prix Albert Londres pour son ouvrage d'enquête "Les Revenants". Dans ce livre, ce journaliste à Radio France Internationale (RFI) rapporte les confidences de djihadistes partant ou revenant de Syrie et d'Irak. S’il ne souhaite plus aujourd’hui continuer à travailler sur le sujet, il explique dans cet entretien à Vanityfair comment il est devenu peu à peu un « confesseur » des combattants de l’Etat islamique. Il y fait part notamment du scepticisme auquel il s’est heurté  quand il alertait sur la menace terroriste que ces « revenants » faisaient planer sur la France

Etudiant en histoire insouciant et fêtard, il s’était installé dans une cité de Saint-Denis, loin de sa famille et de son milieu d’origine « bourgeois, blanc, catholique », pour s’y adonner surtout à la musique  « rap, reggae, punk , néo- metal » qui l’a initié à la langue des cités. C’est à Tunis, où RFI l’a envoyé couvrir la révolution tunisienne, qu’il rencontre des « salafistes djihadis » en rupture avec les  « salafistes quiétistes » (non violents). « L’un s’avérera être un intime du dirigeant salafiste Abou Ayad et l’autre deviendra un émir important de l’EI, proche du chef de l’État islamique d’Irak Abou Bakr Al-Baghdadi. » Les jeunes des quartiers populaires qui les entourent n’ont qu’une idée en tête : partir se battre en Syrie, «l’accès VIP pour le paradis ».

A l’époque -avant les attentats de 2015-, personne ne les traque et ils s’expriment sans retenue sur Skype, sur Facebook, au téléphone… « Ils étaient décontractés. On parlait d’un djihadisme  tranquille », se souvient David Thomson. « Les services de renseignement ont pris ces gens pour des guignols : on les croyait confinés sur Internet. »

Pendant cinq ans, le journaliste poursuit rencontres et conversations sur les réseaux sociaux avec des djihadistes apprentis ou chevronnés. Connaissant leur langage et leurs codes, il a obtenu leur confiance. Quand ils tentent de le convertir, il leur répond : « Non c’est bon, je suis catholique. Je veux juste expliquer aux gens ce que vous avez dans la tête.» Ils le suivent sur Facebook et Twitter. « J’étais de leur milieu sans y être, explique David Thomson. Ils me parlaient comme si j’étais un djihadiste. Ils m’appelaient, me menaçaient, se confiaient, se vidaient la tête. » L’un d’eux, un parisien, lui dira : « Je vais tout te raconter pour que ma mère comprenne. »

Sentant la menace terroriste grandir, il tente de sonner l’alerte dès 2012, en vain. « Je savais que les attentats allaient arriver en France, poursuit-il. J’attendais. C’était un sentiment horrible (…) Je me demandais sans cesse : quand ? Quelle cible ? De quelle manière ? » Son premier livre, Les Français jihadistes paru au printemps 2014, tire la sonnette d’alarme. Invité de l’émission « Ce soir (ou jamais !) » sur France 2, il a le sentiment, lui simple reporter, d’être tourné en ridicule par les « experts » quand il rapporte que tous ces djihadistes souhaiteraient que des attentats soient commis dans l’Hexagone « parce que, pour eux, la France est l’ennemi d’Allah ». On l’accuse de « stigmatiser » une population, de  «faire  le jeu du populisme ». David Thomson sort de cette émission en colère et humilié : «  C’était d’une grande violence. »

Mais ça, c’était avant… Quelques mois plus tard, le 7 janvier 2015, les frères Kouachi  exterminent la rédaction de Charlie Hebdo. Le 13 novembre 2015, ce sont les mitraillages du Bataclan et des alentours. David Thomson connaissait deux des assassins : « Foued Mohamed-Aggad et Abdelhamid Abaaoud étaient des vedettes du djihadisme francophone. Ils annonçaient depuis trois ans ce qu’ils feraient… » David venait de commencer l’écriture des Revenants. Ce livre est devenu aujourd’hui une précieuse source d’information pour la justice et l’administration, mais a fait de son auteur une cible -placée sous protection policière- des tueurs de Daech.  


Le confesseur : David Thomson raconte sa vie avec les djihadistes de l'État islamique
Vanity Fair 10/07/17

Lire l'article sur : Vanity Fair
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