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Politique

La synthèse

Non au gouvernement des experts !

Par Ludovic Trolle - Publié le 27 juillet 2021

Emmanuel Macron a affirmé à propos de la crise sanitaire, dans son allocution du 12 juillet qu’il fallait faire confiance à la science et à ses progrès. Pourtant la science ne saurait fournir de critère ultime pour nos décisions, parce qu’une décision, pour être humaine, ne doit pas seulement penser en termes d’objets et d’objectifs, mais de vie et de relations humaines. A fortiori, s’agissant de la politique et de la médecine qui restent essentiellement des arts, non des sciences expérimentales, même lorsqu’elles mettent en œuvre les technologies les plus sophistiquées. Tout se passe aujourd’hui comme si on voulait sauver la vie humaine en la privant de ce qui lui donne sens, de la qualité relationnelle qui lui donne sa consistance. On doit aussi alerter notre classe politique sur les intérêts et les partis pris qui traversent nécessairement le champ scientifique. Non seulement la science ne donne pas la vérité ultime, mais elle ne saurait se substituer à la prudence, vertu essentielle du politique !

Qu’il s’agisse du confinement ou du « pass sanitaire », on ne peut pas se laver les mains d’une décision qui engage la vie du pays sous couvert d’une expertise scientifique. Derrière « la science » se cachent aujourd’hui des « experts » dont les débats sont d’ailleurs tenus secrets. Il est important de se rappeler qu’historiquement les idéologies meurtrières du XXe siècle ont souvent érigé « la science » comme le moyen d’imposer leur point de vue. Tout pouvoir, pour n’être pas contesté, se revêt des atours de la scientificité. Or la véritable science n’est pas arrêt de la discussion, sentence définitive, la science véritable n’a pas cette terrible prétention. Elle est questionnement, tâtonnement, elle est un champ d’expériences fécond, traversé de principes contradictoires et d’intérêts contraires, mais où sont censées avoir voix au chapitre toutes les hypothèses.

La santé publique, conçue comme une pure gestion matérielle des corps, se révèle être l’exact contraire de la chose politique. Des experts évaluent un risque selon la logique du pire, et la sentence gouvernementale tombe. Les citoyens, comme le Parlement qui est censé les représenter, sont absolument exclus de toute forme de concertation. Emmanuel Macron agit aujourd’hui de manière autoritaire en annonçant ses décisions à 20h sans la précaution de proposer une discussion qui aujourd’hui semblerait utile pour l’acceptation des mesures très contraignantes : confinement, « pass sanitaire »… Il annonce ces mesures liberticides sans débat contradictoire, balaie les interrogations d’une grande partie de ses compatriotes qu’il voue aux gémonies, les désignant comme nuisibles à la collectivité. Ce n’est plus une pratique démocratique, c’est autre chose…

Hubert de Vauplane, avocat au barreau de Paris, expert associé à l’Institut Ethique et Politique Montalembert, s’interroge, dans une tribune pour Marianne (en sélection ci-dessous), sur cette dérive post-démocratique qui ébranle les principes fondateurs du lien social. Il exclut de parler de dictature, mais alerte sur la dérive du pouvoir qui révèle la profonde crise morale et politique, anthropologique et spirituelle, de notre société.

Il voit dans l’insécurité juridique actuelle, une faille qui permet les dérives politiques que nous constatons dans la gestion de la crise sanitaire, sans concertation ni contrôle. Il plaide pour un transfert de compétences au juge judicaire pour toutes les mesures qui portent potentiellement atteinte aux libertés individuelles liées à l’urgence sanitaire. Il faut pouvoir contester devant le juge les avis et recommandations de la Haute Autorité Sanitaire (HAS). Il exhorte enfin le politique à exercer avec le courage qu’exige la poursuite du bien commun.


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