La Sélection du jour | Ne perdons plus de temps ! (n°933)
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Santé

La synthèse

Ne perdons plus de temps !

Par Louis Daufresne - Publié le 10 avril 2020

À mesure que les jours passent, le confinement fait de la chloroquine un débat de plus en plus aigu. Hier, Emmanuel Macron fit une visite surprise au « savant de Marseille », le Pr Didier Raoult, l’homme par qui le scandale arriva. En langage médiatique, « surprise » veut dire qu’on n’y accorde pas tant d’importance que ça. Juste ce qu’il faut pour en tirer les dividendes personnels. Car tout fut quand même calculé pour que les media pussent se faire l’écho de ce déplacement. En clair, Emmanuel Macron avait juste besoin d’une photo avec Panoramix, devenu l’une des personnalités préférées des Français. D’ailleurs, dans l’entourage de l’Élysée, on parle de « discussions panoramiques » avec les chercheurs, histoire au passage de minorer son rôle. « Il y a, dit un conseiller, une vingtaine de centres en France qui ont lancé des essais. Le Président est venu à Marseille comme il aurait pu aller à Angers. » Ces trois heures de visite à La Timone servirent-elles à préparer l’opinion à un changement de stratégie ? Peut-être aurons-nous la réponse lundi au cours de l’allocution présidentielle.

Mais la prudence s’impose car, parallèlement, on accole toujours au Pr Raoult et à la chloroquine le terme de « controversé/e ». En langage médiatique, cette précision vise à nuire. On indique ainsi que la personne ou la chose désignée n’est pas légitime et que sa présence sur la scène relève d’un accident, d’une intrusion. Bref, on n’en voulait pas et il/elle est quand même là. La controverse permet de focaliser sur la personnalité baroque du chercheur, sur son allure de druide ou de viking, comme s’il fallait le pipoliser pour en faire un populiste, comme si son image devait devenir clivante : « adulé ou abhorré », écrit La Provence : on fait du débat sur la chloroquine une affaire de personnes. Les media raffolent de ce genre de mise en scène. Mais le but n'est pas neutre. Tout duel se prête à la caricature. Une fois « controversée », la sommité devient une sorte de savant fou et têtu perdu dans son labo. Son franc-parler renforce cette image de personne ingérable et seule face à l'autorité. Ce qui est faux, comme en témoigne la pétition #NePerdonsPlusDeTemps, lancée vendredi dernier sur la plateforme Change.org par Philippe Douste-Blazy. L’ancien ministre de la Santé s'exprime avec le Pr Christian Perronne auquel il vient en aide à l’hôpital de Garches (Hauts-de-Seine). Cette pétition est signée par des pontes comme le Pr. François Bricaire. S’ils se mobilisent, c’est pour faire abroger le décret du 26 mars réservant la chloroquine aux patients en état grave, ce qui revient à rendre ce traitement inutile. Les quelque 500 000 personnes qui l’ont signée seront-elles écoutées ? L’allocution présidentielle apportera peut-être une réponse.

Dans un pays mature, la logique voudrait que le Pr Raoult soit une des voix les plus autorisées. Qu’un ancien ministre de la Santé soit contraint de lancer une pétition en dit long sur l’état d’esprit de l'exécutif. Aujourd’hui, le chercheur est mis dans la case du franc-tireur. Selon La Provence, il a « marabouté » l’opinion, ce qui est faux là aussi. Le savant fut mis sur orbite par les réseaux sociaux, et de manière fortuite (cf. LSDJ n°917). Passée un certain stade, la notoriété immunise. Aujourd’hui, nul ne peut plus arrêter la trajectoire de cet astéroïde médiatique. Emmanuel Macron faisait figure de prince Jean humilié par Robin des Bois. Cela valait bien une visite « surprise » « dans l'antre de Raoult », selon une autre expression de La Provence.


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