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Santé

La synthèse

Mylène Demongeot, la "miraculée"

Par Louis Daufresne - Publié le 29 avril 2020

« Le Covid-19 ?

— Ce sont les malades qui en parlent le mieux. »

La réponse parodie un vieux slogan publicitaire. Au-delà du jeu de mot, il y a une question sérieuse : ce feuilleton sanitaire médiatise la parole institutionnelle, alors que le témoignage des gens guéris ne reçoit pas beaucoup d’écho. Aussi, quand une légende du cinéma parle de sa « rencontre » avec le virus, on l’écoute volontiers. À un certain âge, surmonter l’épidémie vous transforme en héros malgré vous, protégé par la fée du destin.

C’est le cas de Mylène Demongeot.

Les aînés se souviennent de ce sosie de Brigitte Bardot. Les plus jeunes s’extasient devant la belle Hélène de Fantômas. C’est une femme engagée. Elle milite contre la violence envers les animaux ou les mines antipersonnel. Un temps, la comédienne se risqua sur la liste d’un certain Bernard Tapie. Ce rôle la vaccina contre le milieu : « Voitures à cocarde avec chauffeurs… ces gens-là se croient des coqs gaulois ; ils perdent toute lucidité. Je suis décidément trop franche pour faire de la politique », avoue-t-elle aux retraités de la CGT – qui l’interviewait pour son livre Très chers escrocs (Archipel, 2019). Cette franchise la rend-elle plus rebelle ? À 84 ans, elle vient de vaincre le Covid-19. Depuis lors, elle se répand dans la presse comme les apôtres après la Pentecôte. L’actrice tournait avec Gérard Depardieu quand elle fut touchée. Voici un extrait du verbatim sur France Info :

C’était pratiquement impossible de me sauver, le médecin a dit "Si on l’intube, dans 48 heures elle est morte". Ils se sont concertés tous et ils ont dit : "Bon, on va essayer autre chose". Donc on a essayé le traitement du professeur Raoult, pour ne pas le nommer, avec des antibiotiques, tout un panel de médicaments et ma foi, ils m’ont sortie de là ! Et j’y pensais ce matin en me disant, "J’ai failli mourir, je fais partie de l’ADMD, l’association pour le droit de mourir dans la dignité et je me dis que quand on est dans le potage, quand on est complètement dans un état semi inconscient, il n’y a aucune raison d’avoir peur de la mort. On doit se glisser tranquillement d’un état à un autre". Ce qui s’est passé c’est que j’ai senti que mon heure n’était pas venue et quand le docteur m’a dit "Je suis très très pessimiste à votre sujet, je lui ai répondu "Pas moi !".

Ce passage est intéressant à plusieurs titres :

1. Mylène Demongeot n’est pas un membre lambda de l’ADMD ; elle fait partie de son comité d’honneur. Sa remarque « j’ai senti que mon heure n’était pas venue » envoie un message d’abandon auquel on ne s’attend pas. Elle montre que cette cause n’est pas seulement portée par des militants pleins de certitudes.

2. Quand l’actrice répond au médecin qu’elle n’est pas pessimiste, elle fait primer l’intuition du malade sur la toute-puissance de l’expert. Mylène Demongeot aurait pu jouer dans le remarquable film de Thomas Lilti, Médecin de campagne, sorti en 2016. François Cluzet y joue un praticien dont le métier est moins de connaître des organes que l’homme qui en vit et les fait vivre.

3. Mylène Demongeot reconnaît que le Pr Raoult l’a sauvée. Ce faisant, elle transgresse une forme d'interdit. Je la soupçonne d'y prendre un certain plaisir.

La vie offre parfois des coïncidences amusantes. Mylène Demongeot connut la gloire à 21 ans grâce aux Sorcières de Salem de Raymond Rouleau. Elle y incarne Abigail Williams, l’une des jeunes filles « possédées » qui se mue en grand inquisiteur. Tout procès en sorcellerie s’abreuve encore à cet épisode de paranoïa collective si typique du puritanisme américain. Il paraît que l’une des jeunes filles, lorsqu’elle pratiquait la divination, était prise d’angoisse et que sa respiration était... paralysée.


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