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Islam

La synthèse

Mosquée de Strasbourg : quand le vert n'est pas la seule couleur de l'écologie

Par Louis Daufresne - Publié le 26 mars 2021

Régulièrement, nous observons la stratégie du parti écologiste EELV (LSDJ n°1003 ou n°667). Si on le savait virtuose de l’opportunisme électoral, son idéalisme adolescent avait longtemps limité son influence, tant la vie politique demeurait codifiée par le style très compassé de la haute administration. On votait beaucoup écolo pour narguer mamie et sa culture bourgeoise. Cela faisait jeune et désintéressé.

Cet âge bête est révolu. Le fruit Vert a mûri. On le croque à pleine dent partout où le boboïsme et l’argent dévorent les centres-villes et chassent le peuple. De très hauts ponts-levis se sont abaissés sous les pas de cette militance (Lyon, Grenoble, Strasbourg, Annecy) et les choix que font ses élus sont des marqueurs très forts de l’évolution des mentalités. EELV se révèle chaque jour plus entreprenant, plus avant-gardiste, plus hostile aux traditions, que ce soit celle du Tour de France, de la viande à la cantine ou même de l’éolien contre le nucléaire gaullien.

Lundi, le conseil municipal de Strasbourg, par 42 voix contre 7, « approuva le principe d'une subvention » de 2,5 M€ pour la construction de la mosquée Eyyub Sultan dans le quartier de la Meinau. Cette somme représente 10% du montant des travaux. Le maire EELV Jeanne Barseghian parle d’un « pourcentage habituel ». Cette remarque a de quoi décontenancer. Malgré un tropisme diversitaire, l’élue ne semble pas distinguer un clocher d’un minaret, comme si « le régime spécifique des cultes » ne s’appliquait pas à l'Alsace-Moselle. Jeanne Barseghian fait comme si l’islam pouvait se prévaloir d’une antériorité historique. Or ce territoire n'organise que les cultes catholique, luthérien, réformé et israélite. Parler ainsi revient à vouloir enfoncer le gros carré musulman dans le trou rond du régime concordataire. Jeanne Barseghian, il est vrai, est le premier maire de Strasbourg qui ne soit pas alsacien.

Certes, l’élue pose des conditions au versement de la manne publique – lequel doit faire l'objet d'un nouveau vote. Le porteur du projet devra signer préalablement la Charte des principes pour l'islam de France et offrir des garanties sur la transparence des fonds. Mais ces conditions ne laissent pas de surprendre. L’organisation visée s’appelle la Confédération islamique Millî Görüs (CIMG). Elle a déjà refusé la charte des « valeurs de la République » élaborée par le Conseil français du Culte Musulman (CFCM). Va-t-elle se raviser et si elle le faisait, serait-ce autre chose qu’une allégeance de pure forme ?

Jeanne Barseghian écrit que « l'État n'a formulé aucune alerte sur ce projet ni sur l'association qui le porte ». Le préfet dit le contraire. Quoi qu’il en soit, c’est de la responsabilité du maire de savoir réellement dans quelle poche va l’argent de ses administrés. Millî Görüs est depuis longtemps un interlocuteur des pouvoirs publics. Ce n’est pas une association ad hoc. Coche-t-elle toutes les cases de la dangerosité islamiste ? En tout cas, plusieurs aspects la caractérisent :

1. Le rigorisme. Faut-il rappeler que l’organisation milita contre la Convention d'Istanbul favorisant la lutte contre les violences faites aux femmes ? L’élue écolo ne semble pas considérer ce point comme rédhibitoire.

2. Le nationalisme. Millî Görüs signifie « vision nationale » en turc. C’est un relais du président Recep Tayipp Erdogan. Le ministre de l’Intérieur parle d’une « ingérence étrangère sur le sol français ». Le maire de Strasbourg, où siège le parlement européen, fait apparemment l’impasse sur cette dimension géopolitique. Le président turc cite volontiers un théoricien du nationalisme ottoman Zia Gokalp (1876-1924) : « Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats ». Jeanne Barseghian semble ignorer jusqu’à ses propres origines, celle d’une famille arménienne de Turquie. Son arrière-grand-père Sarkis Barseghian figure parmi les intellectuels arméniens de Constantinople raflés et tués dès le début du génocide. Son arrière-grand-mère, députée de la République démocratique d’Arménie, trouva refuge en France en 1924. Quel jugement ses aïeux, s’ils pouvaient parler, porteraient-ils sur son geste ?

3. Le prosélytisme. Millî Görüs veut faire de la mosquée Eyyub Sultan la plus grande d'Europe. Le projet est estimé à 32 M€, financés par des dons. Jeanne Barseghian pense peut-être que ses employés de mairie seront assez compétents et résolus pour tracer la provenance des sommes en jeu.

Pour Marlène Schiappa, « les maires du parti EELV sont sur une pente très glissante » et les écologistes « flirtent de plus en plus dangereusement avec les thèses de l'islamisme radical ». Certes mais Jeanne Barseghian vient de torpiller Gérald Darmanin, caution droitière de la macronie, et d'envoyer par le fond sa loi séparatisme avant même qu’elle soit adoptée. Même si le ministre de l’Intérieur obtient de la justice que la subvention soit annulée, les Verts auront montré que les musulmans pouvaient compter sur eux.


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