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Sport

La synthèse

MMA : zéro blabla mais du fracas

Par Louis Daufresne - Publié le 01 juillet 2019

Bestial, brutal, barbare : les adjectifs ne manquent pas pour qualifier les arts martiaux mixtes ou MMA (Mixed Martial Arts) que la France – après des années de résistance –  s’apprête à légaliser. Cette (r)évolution dans le monde des sports de combat remonte à une semaine, lorsque le 24 juin, le ministère des Sports se résigna à lancer un appel à manifestation d'intérêt (AMI) auprès des fédérations. Avec près de 40.000 pratiquants dans des centaines de clubs, il fallait enfin réguler ce phénomène grandissant. Malgré l’image sulfureuse de cette discipline, les pouvoirs publics se ralliaient à la réalité et comme il arrive toujours, c’est le droit qui suit les mœurs et non l’inverse. Et dire qu’en octobre 2016, malgré un rapport parlementaire prônant sa légalisation progressive, le gouvernement avait interdit toute compétition de MMA ! C’est après l'élection d'Emmanuel Macron que l'ancien ministre des Sports Laura Flessel amorça le tournant, suivie par Roxana Maracineanu.

Au MMA, tous les coups sont permis ou presque : coups de pied, de poing, de genou et de coude, ainsi que coups au sol, étranglements et clés, le tout à l'intérieur d'une enceinte fermée appelée octogone. Vu de l’extérieur, c’est un mélange de savate, de taekwondo et de jujitsu. Ce haut degré de combativité assumé exprime-t-il la violence des rapports sociaux dans une économie ultra-concurrentielle ? Peut-être. En tout cas, observe Roxana Maracineanu, il existe « un public très varié, des femmes, des hommes, des enfants, des adultes de tous milieux et on ne peut pas la nier ».

Comment expliquer un pareil engouement ? La première raison est culturelle. C’est un sport d’importation made in America. L’ensauvagement fait partie de la culture US, notamment militaire (alors que nos armées ont toujours été rétives à y recourir). Sans entonner le couplet pleurnichard sur l’américanisation de la France, il y a dans le succès du MMA, comme dans celui du rap ou du football féminin, un imaginaire de plus en plus partagé avec les États-Unis et leur sens du spectacle. Le basket-ball suffit à mesurer l’écart entre des championnats européens poussifs et ternes et les dieux de la NBA. Le MMA, c’est un rouleau compresseur et l’impulsion mondiale donnée par la très puissante ligue professionnelle américaine, l'Ultimate Fighting Championship (UFC) ringardise déjà la boxe, le judo ou le karaté.

La deuxième raison a trait aux rapports homme/femme. Si le beau sexe pratique aussi les arts martiaux mixtes, ceux-ci relèvent, autant que je puisse en juger, d’une rhétorique masculiniste. Il s’agit d’une scénarisation de la virilité, laquelle a besoin d’une enceinte fermée pour déverser son torrent de puissance, alors que partout ailleurs, le féminisme érige des digues plus monumentales que le barrage des Trois-Gorges. En rendant inutile la force physique, nos économies tertiarisées excitent en retour les pulsions mâles les plus archaïques.

La troisième raison concerne les sports extrêmes. Le MMA ne semble pas se référer à un code d’honneur ni à une morale traditionnelle. La mode du free fight est aux arts martiaux ce que l'ultra-trail de haute montagne est à l'alpinisme, tout à fois son dépassement et son dévoiement. L'expérience intérieure n'a aucune valeur ; seule compte la performance du robot. En ce sens, ces sports sont les meilleurs miroirs du capitalisme. L'image formatée par YouTube fournit de formidables produits d'appel. Vivre, c'est prendre sa dose de sensations, goûter le hors limite, se mettre en danger, se croire invulnérable. Un Khabib ou un Royce Gracie ont des statures de demi-dieux. Les gueux projettent sur ces titans leurs misères et leur ennui. Ce commerce fait la fortune de quelques-uns. La foule hurle, les coups pleuvent jusqu’à l’humiliation. Contrairement au catch, le MMA ne simule pas. Comme dans la pub : c’est zéro blabla.


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