La Sélection du jour | Mayotte, un laboratoire explosif (n°789)
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Politique

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Mayotte, un laboratoire explosif

Par Philippe Oswald - Publié le 24 octobre 2019

Et si Mayotte, avec sa déferlante migratoire, servait de laboratoire pour tester ce qui attend la France ? Le fait est qu’Emmanuel Macron a choisi cette petite île de l’Océan indien, le 22 octobre, pour afficher sa toute fraîche fermeté sur l’immigration. « Mayotte française, c'est plus de sécurité ! Apporter la sécurité, c'est lutter contre l'immigration clandestine ! » a-t-il proclamé. Sans oublier le balancement « en même temps » : « Il ne faut pas avoir de discours de haine avec les autres ». Les autres, ce sont les étrangers soit, à Mayotte, la moitié des 250 000 habitants, débarqués clandestinement des « kwassa kwassa » (nom d'une danse africaine signifiant « ça tangue, ça tangue ! »), ces embarcations de pêche utilisées par les passeurs depuis les Comores, l’un des états les plus pauvres au monde. À Mayotte, un habitant sur deux est un immigré, un immigré sur deux, un clandestin ! Le seuil de tolérance est pulvérisé… « Nous comptons officiellement 265 000 habitants, mais le chiffre réel est de 400 000 personnes, en majorité étrangères, affirme au Figaro (22/10/2019) le député LR Mansour Kamardine. Ici, 52% de la population se composent d'étrangers, les Mahorais sont 48%. C'est comme si la métropole comptait 35 millions d'étrangers sur son sol !». Mayotte, 101e département français depuis mars 2011, laboratoire du « grand remplacement » ?

Malgré des naturalisations automatiques via les naissances à la faveur du « droit du sol » et des régularisations massives, le quart de la population de l’île reste en situation illégale. Et les demandes d’asile ne cessent de progresser (+110% entre 2017 et 2018). Aux Comoriens se sont ajoutés ces dernières années des migrants en provenance de l’Afrique des Grands Lacs et du Sri-Lanka. Il y a même des Algériens et des Syriens ! Les bidonvilles poussent comme des champignons. Avec près de 10 000 naissances par an, l’hôpital est engorgé (les trois quarts des bébés naissent de mère étrangère), les écoles, saturées. Selon le ministère de la Justice, 1 701 mineurs isolés de 11 ans et plus ont acquis la nationalité française en 2017, 2 837 en 2018. Et face au flot continu des accostages (cinq à dix par jour, entre une dizaine et une quarantaine de passagers dans chaque embarcation), la « forte » augmentation des reconduites à la frontière (25 000 en 2019) dont se réjouit le Président reste un bien faible écopage au gré des habitants, accablés par l’insécurité (les actes de violence sont de deux à trois fois supérieurs à ceux de la métropole), l’état des routes, des services de santé, de l'école, et par la misère…

Autant de plaies laissées purulentes depuis des années. Il s’agit de « remédier aux doutes sur l’action publique », reconnaît encore Macron. Des doutes qui ont permis à Marine Le Pen de coiffer Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle de 2017 avec 52% des voix à Mayotte, et au Rassemblement National d’enregistrer son meilleur résultat lors des élections européennes de mai dernier, avec plus de 46% des voix. Entre ces deux scrutins, au printemps 2018, un mouvement social de trois mois a paralysé l’île en protestation contre l’insécurité, la cherté de la vie, les problèmes sanitaires et éducatifs. Dans une lettre adressée à Emmanuel Macron, le Collectif des citoyens de Mayotte dénonçait l’augmentation accélérée de l’immigration clandestine qui fait de l’île « un immense quart-monde à ciel ouvert ».

Mayotte est donc un poste avancé du combat que prétend mener Emmanuel Macron d’ici 2022. Sans se livrer à des pronostics sur sa réélection, on peut douter qu’il puisse relever le défi de l’immigration, ne serait-ce qu’au vu du peu d’enthousiasme suscité par ses déclarations anti-migratoires au sein de LREM. À peine le Président de la République venait-il d’exhorter sa majorité à adopter une attitude moins laxiste vis-à-vis de l’immigration (16 septembre 2019), qu’à l’issue du conseil des ministres du 18, Mme Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement (elle-même naturalisée française depuis trois ans), annonçait paisiblement : « Notre pays sera confronté dans les années à venir à des mouvements sans doute massifs de population ».  Simple constat, mise en garde ou douce résignation ? Toujours ce grand flou du « en même temps » ! déplore cet article de Causeur (en lien ci-dessous).


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