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Economie

La synthèse

Macron : il faut "inventer une nouvelle manière de vivre"

Par Louis Daufresne - Publié le 14 février 2020

Dans une précédente LSDJ (n°713), nous partions à la recherche du « temps » perdu en auscultant un phénomène glaçant qu’Emmanuel Macron jugea finalement utile de venir « toucher du doigt » : l’agonie de nos glaciers. Hier à Chamonix, le chef de l’État, tenue de ski bleu foncé, scruta le visage flétri de la Mer de Glace, où il eut cette phrase : « On se rend compte comment les non-décisions ont fait en arriver là. » Pour le président de la République, le caractère anthropique ne fait pas de doute. D’où son discours chamoniard sur « l'urgence climatique », qualifiée de « combat du siècle ». Et de parler de cette capacité à « inventer une nouvelle manière de vivre ». Bien sûr, on peut simplement y voir une risette aux écologistes et un verdissage de la fin de son quinquennat. On peut railler « un sommet de la foutaise et de l'hypocrisie », comme le fit le député LFI François Ruffin sur Europe 1.

Il n’empêche. Tout ne dépend pas de la macronarchie : la France obéit à un mouvement de fond des sociétés occidentales, libérales ou dirigistes. Et plusieurs idées progressent : la revitalisation des centres-villes pour lutter contre l'étalement urbain et la sanctuarisation des espaces naturels (LSDJ n°878). Après le parc national de forêts créé à cheval sur la Champagne et la Bourgogne, Emmanuel Macron annonça que 250000 hectares de bois supplémentaires seraient protégés d'ici deux ans – dont deux parcs en Guyane et en France. À l'horizon 2022, vingt nouvelles réserves naturelles nationales verront le jour, ainsi que quatre parcs naturels régionaux au Mont Ventoux (Haut Vaucluse), au Doubs Horloger, en Baie de Somme-Picardie maritime et à Corbières-Fenouillèdes (entre Perpignan et Carcassonne), sans oublier le Mont-Blanc… ou le mont Blanc. Le premier désigne tout le massif, le second isole le sommet.

Si la réglementation de l’alpinisme est un détail symbolique, le cas du Toit de l’Europe est emblématique : ce qui fut l’une des gloires du colbertisme gaullien – le tunnel routier ouvert en 1965 – devient un nœud de contradictions. Car la surfréquentation d’en-haut (bien analysée par le maire de Saint-Gervais) n’est que le reflet de celle d’en-bas. Laurent Wauquiez, président de région, et le maire de Chamonix Éric Fournier (soutenu par LREM), demandèrent de réglementer les camions les plus polluants et de développer le ferroviaire dans la vallée. Et là, Emmanuel Macron coinça : « Je ne peux pas interdire aux camions de passer », répondit mercredi le chef de l'État au Dauphiné Libéré, préconisant une politique européenne de renouvellement du parc, pour ne pas pénaliser les seuls routiers français. La circulation transfrontalière ne se décide pas à son niveau. Ici, la Suisse donne l’exemple. Sa politique de Nouvelles lignes ferroviaires à travers les Alpes (NLFA) et sa redevance poids lourds liée aux prestations (RPLP) montrent que la Confédération sait gérer à son profit la traversée de son territoire, alors que la ligne Lyon-Turin fait toujours l’objet d’atermoiements. 76% des importations et des exportations de Haute-Savoie passent par le Tunnel du Mont-Blanc, selon l’ATMB qui le gère. L’écologie se heurte à un principe du transport : éviter la rupture de charge. Quand Emmanuel Macron veut « concilier environnement et croissance », il pointe le dogme de la mobilité des hommes, des capitaux et des marchandises et de la rentabilité qui l’accompagne. Ce dogme est-il compatible avec la nature ? Bouger, c’est polluer. Or, la modernité, c’est le mouvement. Aujourd’hui, le camion est comparable à l’électricité. Dès lors, que signifie cette « nouvelle manière de vivre » ? À une semaine du Salon de l'agriculture, Emmanuel Macron vanta aussi la « transformation agricole » éco-responsable, « un chantier au moins aussi historique que celui des années 60 ». Fort bien. Mais cette conversion écologique ne peut se limiter à une police de l’environnement, l'Office français de la biodiversité (OFB) lancé cette semaine par le chef de l’État, organisme dont les pouvoirs seront élargis. Quelque « 60% des animaux sauvages ont disparu ces 50 dernières années, les espèces disparaissent à un rythme 1 000 fois supérieur au taux d'extinction naturelle », rappela à cette occasion le président de la République. Notre pays se doit d’être « exemplaire », dit-il. Mais comment l’être quand la même semaine, des eurodéputés Renew Pascal Canfin, Nathalie Loiseau et Stéphane Séjourné, votent au parlement européen l'accord de libre-échange avec le Vietnam « qui, selon Ruffin sur Europe 1, écrase tous les engagements de la France en matière climatique ».


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