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Société

La synthèse

L'industrie du porno (enfin) frappée au portefeuille

Par Judikael Hirel - Publié le 21 décembre 2020

L’industrie du porno en ligne est florissante. Elle est rentable au-delà de toute frontière et de toute moralité.
Et la seule façon de la faire plier est de la faire payer. C’est ce que vient de prouver la réaction de Visa et Mastercard à une récente enquête du New York Times.

En effet, cette enquête a prouvé que le géant de la pornographie en ligne, basé à Montréal mais domicilié fiscalement au Luxembourg, hébergeait de nombreuses vidéos de jeunes femmes mineures. Nicholas Kristof, auteur de cette enquête a estimé que Pornhub est "infesté par les vidéos de viol, qui monétise le viol d’enfants, le "revenge porn", les vidéos volées de femmes prenant leur douche, les contenus racistes et misogynes…" Au total, l’équipe de modération de l’entreprise Mindgeek ne compte que 80 personnes pour 1,36 millions de vidéos publiées annuellement.

Suite à cet article, Visa avait prévenu que "si le site ne se pliait pas à la loi, il ne serait plus possible d’y proposer le paiement par Visa". Mastercard avait également assuré être prêt à prendre des mesures sans attendre. Résultat : Pornhub a désactivé des millions de vidéos, et suspendu la publication de toute vidéo par un compte non vérifié. Lundi 14 décembre, par un communiqué, le site pornographique a, comme par hasard, annoncé le lancement d’un nouveau système de vérification de ses contenus pour 2021. Ce communiqué ne précise pas si les mêmes mesures s’appliqueront également aux deux autres sites pornographiques d’importance possédés par MindGeek, Youporn et RedTube. Pour autant, Mastercard a annoncé que sa décision de geler ses relations avec Pornhub et d’interdire les paiements sur le site serait définitive. Visa a "suspendu" ses liens avec Pornhub "en attendant la fin d’une enquête en cours".

Cette enquête, et cette décision, montrent comment frapper avec efficacité l’industrie du porno : au portefeuille. Face aux atermoiements des législateurs et à l’absence de frontières du Net, c’est sans doute la seule façon efficace de réduire leur influence néfaste, et leurs bénéfices. Comme l’a récemment souligné Erwan Le Morhedec dans sa chronique pour La Vie, "l’industrie pornographique n’est pas une industrie ordinaire. Ses consommateurs s’habituant à tout, elle ne fructifie qu’en repoussant sans cesse les limites du trash. Elle prospère sur le défaitisme et cette paradoxale et lâche panique morale des nouveaux notables, plus soucieux de leur image que de leurs enfants : tout, plutôt que paraître moralisateur et puritain."


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