La Sélection du jour | L’Inde dénonce le « kit du militant écolo » de Greta Thunberg (n°1206)
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L’Inde dénonce le « kit du militant écolo » de Greta Thunberg

Par Ludovic Lavaucelle - Publié le 23 février 2021

Les ONG écologistes sont à l’offensive partout sur la planète, notamment en Inde. Le 2 février, Disha Ravi, une écologiste basée à Bangalore, a supplié par texto Greta Thunberg de retirer un tweet que cette dernière avait posté avec un lien vers un fichier Google Docs : « Nos noms apparaissent ! ». Si Thunberg a remplacé le message avec un document allégé des détails incriminants, il était déjà trop tard : la police de Delhi avait pu les lire.

Pourquoi une telle alarme ? Si rien a priori ne choque particulièrement un lecteur occidental, les autorités indiennes sont très sourcilleuses quand elles considèrent qu’on porte atteinte à leur souveraineté. Ce guide militant indique aux militants locaux comment tirer parti des manifestations de fermiers qui causent le chaos dans la capitale New Delhi depuis novembre 2020. Le gouvernement de Modi a fait passer un ensemble de lois dont l’objet est la libéralisation des marchés agricoles, dans la lignée d’une politique de réforme économique démarrée en 1991. Mais des fermiers des provinces du Penjab et Haryana craignent qu’une telle déréglementation entraîne une chute des cours. Depuis lors, des dizaines de milliers d’entre eux campent en bordure de la capitale. Le document émanant de l’organisation de Greta Thunberg présentait une stratégie pour faire monter la pression qui devait atteindre un paroxysme lors de la manifestation du 26 janvier, fête nationale indienne.

Malheureusement, le « paroxysme » recherché s’est traduit en chaos urbain. Des routes furent envahies, des relais téléphoniques détruits, et un fermier se tua en tentant d’escalader avec son tracteur un barrage de la police. Des fermiers ont même chargé à cheval la police en brandissant des sabres, rapporte le Wall Street Journal. Le « Red Fort », un monument de New Delhi, a été envahi et le drapeau sikh hissé. La police indienne a donc suspecté des liens entre manifestants et séparatistes sikhs. Immédiatement, des soutiens internationaux aux fermiers se sont exprimés, de la chanteuse Rihanna via Twitter, à la nièce de la Vice-Présidente américaine, Meena Harris. Cette dernière a même comparé les policiers indiens aux manifestants trumpistes du Capitole, en les traitant de « dictateurs fascistes » dans un tweet.

La chorégraphie avait semblé un peu trop bien huilée au gouvernement de Modi, et le message émanant de Greta Thunberg leur a fourni la preuve qui manquait. Un porte-parole du gouvernement s’est exclamé à la télévision : « Voici la preuve de la conspiration ! » en brandissant un imprimé du document. « Il s’agit bien d’un effort concerté, surtout quand on constate l’intervention de chanteuses comme Rihanna qui ne connaît rien à la politique indienne et ne sait sans doute pas où localiser notre pays sur une carte ». Voilà ce qui a massivement rallié le public indien à son gouvernement : l’interférence de l’étranger dans des affaires internes. D’autant plus que l’enquête a prouvé que certains activistes avaient aussi assisté à une réunion virtuelle avec les mouvements activistes « Extinction Rebellion » et « Poetic Justice Foundation » dont la mission est de « remettre en cause les systèmes d’oppression et de discrimination par des campagnes populaires intersectionnelles ».

Il ne s’agissait pas tant de soutenir des fermiers que de combattre Modi. Le Time Magazine a publié le 15 février un article comparant Modi à Trump, suggérant que les deux hommes d’État présentaient un risque pour la démocratie. « Le suprémacisme hindou a trouvé dans le suprémacisme blanc un allié naturel » pouvait-on lire. Modi reste très populaire, et un sondage indiquait que 80% des Indiens approuvaient la réponse policière à la manifestation du 26 janvier. L’article du Time semble juste sur un point : le départ de Trump et le retour du « multilatéralisme » à Washington encouragent certains activistes occidentaux à passer à l’offensive. De Modi à Poutine, en passant par Orban, les chefs d'État qui n’appartiennent pas au club de Davos peuvent s’attendre à une pression accrue.

On peut voir dans la réaction indienne une hyper sensibilité post-coloniale qui a conduit à l’arrestation de l’activiste Disha Ravi. L’Inde est très susceptible dès qu’elle soupçonne une influence étrangère. Après tout, les Britanniques vinrent en Inde pour commercer, et, peu de temps après, devinrent les maîtres du sous-continent…

Peut-être devrions-nous suivre leur exemple, suggère Helen Andrews dans The American Conservative (en lien ci-dessous). Quand des groupes de gauche peuvent à tout moment contester des chefs d'État démocratiquement élus, sous la façade d’ONG, alors leur activisme n’est plus démocratique mais présente une menace pour la souveraineté nationale.


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