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La synthèse

L’inauguration de Joe Biden : des épines dans le discours de « l’ange du bien »

Par Ludovic Lavaucelle - Publié le 21 janvier 2021

Le 20 Janvier, Joe Biden a prêté serment et prononcé son discours inaugural. La scène était étrange d’un nouveau Président, le plus âgé de l’histoire américaine, ayant passé 36 ans dans les couloirs du Congrès, appelant de ses vœux un nouveau départ. Il a mis l’accent sur le besoin « d’unité » devant un parterre entouré de hautes grilles où des milliers de drapeaux remplaçaient les citoyens absents à cause de l’épidémie, dans une capitale bouclée et sillonnée par 25 000 militaires de la Garde Nationale. Nombreux sont les commentateurs, de tous bords, qui ont apprécié son ton et ses mots d’apaisement. Oui, ces paroles étaient nécessaires et attendues mais terriblement superficielles. Les caméras ont d’ailleurs surpris Bill Clinton en train de s’endormir et Bernie Sanders dont le visage masquait mal l’ennui. Les médias « mainstream » ont atteint des sommets dans l’éloge en parlant d’un « ange du bien qui venait pour soigner les blessures » et comparaient, au soir, les effets de lumière partant du Capitole aux bras ouverts du nouveau Président.

Le plus intéressant de cette étrange journée est sans doute ce qui n’est pas arrivé… Les réseaux sociaux avaient appliqué une censure à grande échelle sous prétexte de protéger le pays d’une « insurrection ». Des élus Démocrates avaient prédit que Trump ferait annuler l’élection à cause du COVID-19, déclencherait la loi martiale, bombarderait l’Iran… Fort heureusement, rien de tout cela n’est arrivé, pas plus que le complot russe en 2016. Le candidat qui n’avait pas fait campagne a été élu et ce n’est pas Trump qui avait envoyé les tanks présents dans Washington.

Plus que jamais la nation américaine est divisée et les lignes de fracture apparaissent dans le discours de Biden, sous le vernis de l’appel à l’unité. La tradition d’alternance entre les deux grands partis apparaît bel et bien cassée. Quand le débat portait principalement sur la place de l’État Fédéral dans la conduite des affaires intérieures, de la part du « social » dans le pragmatisme économique libéral, la division est aujourd’hui idéologique. Biden a présenté les débordements du 6 janvier comme une attaque terroriste comparable au 11 septembre 2001. Il n’a pas hésité à utiliser le langage de l’extrême-gauche en qualifiant les émeutiers de « suprémacistes blancs », foyers d’un « terrorisme intérieur », alors qu’ils ne représentent qu’un groupuscule marginal. Souligner la division raciale est une curieuse façon d’appeler à « l’unité » en faisant mine d’ignorer que les Droits Civiques datent des années 60.

On devine d’où viennent les épines du discours de Biden. Les mêmes journalistes et élus de gauche qui excusaient les violences commises en marge des manifestations « Back Live Matter » l’été dernier, en parlant de « quelques éléments incontrôlables », associent à présent plus de 70 millions de citoyens à des terroristes. Ils n’hésitent pas à comparer les électeurs de Trump à Al Qaeda et demandent la mise en place d’une police spéciale chargée de surveiller l’ennemi intérieur. Il s’agit de « déprogrammer » ces mauvais citoyens. Alexandria Ocasio-Cortez, députée d’extrême-gauche Démocrate à New York, évoque la nécessité de séparer les enfants des familles d’irréductibles trumpistes pour les convertir. Pour elle, il n’existe pas « d’États Républicains », seulement des États « à libérer » comme au temps de la Guerre Civile. Elle demande aussi, maintenant que les GAFAM contrôlent une partie de l’espace d’expression, que le Congrès exerce une forme de tutelle sur la presse et la télévision pour imposer un « langage de vérité ».

Certes, Joe Biden est un modéré, mais il est dans une situation de grande faiblesse, politique et physique. Sa cote de popularité ne dépasse pas le clan de ses partisans. Il est étroitement surveillé par la gauche libertaire qui contrôle GAFAM, médias et universités. Sous le vernis unificateur, son discours leur a donné des gages.

Toutefois, nombre de commentateurs se disent rassurés par son premier discours après les années de « fureur » de Trump. Mais pendant ce temps, le Parti Communiste Chinois crie « bon débarras ! » dans un tweet officiel. Son partenaire en affaires, Hunter Biden, était présent, tout sourire, dans la tribune. Eric Swalwell, parlementaire Démocrate ayant entretenu une relation avec une jeune Chinoise, membre des Services Secrets de son pays pendant des années, a été nommé pour présenter sous peu devant le Congrès les arguments en faveur d’une destitution de Donald Trump afin de l’empêcher de se représenter en 2024. Mais comment restaurer l’unité du pays tout en traquant « l’ennemi intérieur » ?


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