La Sélection du jour | Liban, du paradis à l’enfer (n°1033)
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Le Liban, du paradis à l’enfer

Par Judikael Hirel - Publié le 05 août 2020

Que reste-t-il de la Suisse du proche-Orient, aux affaires florissantes et aux banques compréhensives ? Le Liban n’avait vraiment pas besoin de cela. Les conséquences humaines et économiques de la gigantesque explosion qui s’est déroulée sur le port de Beyrouth sont incalculables. Surtout quand elles touchent un pays, jadis de miel et de lait, mais aujourd’hui de corruption et de chômage. On estime que 35% de la population active est au chômage, avec une dette publique de 92 milliards de dollars (170% du PIB), une inflation galopante (89,74% en juin) et une récession estimée à 12% par le FMI pour 2020.

Dans un pays économiquement asphyxié, abandonné par les uns et utilisé par les autres, 45% des Libanais vivent actuellement sous le seuil de la pauvreté, et la pénurie alimentaire fait des ravages. Comment l’un des pays les plus florissants du Proche-Orient, qui "fait partie de la famille de la France", comme le rappelait Jean-Yves Le Drian, a-t-il pu finir ainsi en faillite ? Cela tient en deux mots : corruption et collusion. Celles des élites politiques et financières du pays qui l’ont endetté jusqu’à le ruiner, dans leur intérêt personnel. Les pétromonarchies du Golfe voyaient également d’un mauvais œil un nouveau gouvernement considéré comme soutenu par le Hezbollah. La guerre en Syrie, les frontières bouclées et l’épidémie de Covid-19 finissaient de mettre le pays à terre. Jusqu’à ce que cette explosion le mette désormais plus bas que terre.

Selon le gouverneur de Beyrouth, Marwan Abboud, l’explosion aura provoqué 3 à 5 milliards de dollars de dégâts. Le Patriarche maronite a lancé un appel au secours : "le Liban qui a offert l’alphabet au monde mérite le soutien de ses frères et amis pour l’aider à restaurer sa capitale, à travers la fondation d’une caisse sous contrôle Unisien pour gérer les aides." Et demain ? Sans engagements de réformes drastiques, le FMi n’accordera pas son aide financière au pays du Cèdre, la France étant notamment partante pour prêter au Liban, mais pas à accorder un chèque en blanc au système clanique du pays. Un plan de sauvetage financier pour enrayer la chute de l’économie libanaise s’impose pourtant plus encore au lendemain de la catastrophe de Beyrouth, quelle qu’en soit la cause. Comment le Liban va-t-il pouvoir se relever ? Dieu seul le sait.


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