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Economie

La synthèse

L’Europe confrontée aux déséquilibres économiques de la zone euro

Par Philippe Oswald - Publié le 16 mai 2019

La zone euro a enregistré une croissance de 0,4% au premier trimestre 2019 selon les données publiées le 15 mai par Eurostat, l'office de la statistique de l'Union européenne. Sur un an, la croissance de la zone euro est de 1,2%. Mais cette croissance est essentiellement due au rebond de l'économie allemande et à la sortie de récession de l'Italie, troisième économie de la zone euro, qui reste néanmoins lourdement handicapée par un endettement qui atteint 132% de son PIB et la faiblesse de sa croissance (0,2% - mais sur ce plan, la France ne fait guère mieux avec 0,3%).

Derrière les statistiques globales se cachent des disparités préoccupantes, selon l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Son président, Xavier Ragot, les a exposées dans une conférence de presse le 14 mai. Il a d’abord regretté qu’à l’approche des élections européennes, les débats en France se concentrent sur des événements tels que le Brexit au détriment de l'orientation des politiques économiques dont dépendent des questions essentielles pour le long terme.

Le rapport publié par l’OFCE à quelques jours des élections européennes pointe la persistance et même la croissance de « déséquilibres importants » dans la zone euro, les grands bénéficiaires de l’euro étant l’Allemagne et les Pays-Bas, tandis que d’autres pays, dont la France, accumulent les déficits. Exemple d’une disparité criante constatée par l’OFCE : les prix pratiqués en Allemagne sont inférieurs de 11% à la moyenne de la zone euro, ce qui dope ses exportations, tandis qu’ils sont trop élevés de 7% en France, soit un différentiel de 18 % entre ces deux pays. D’une façon générale, si elle reste moins inégalitaire que les Etats-Unis en raison du rôle d’amortisseur de ses protections sociales, l’Europe connaît toujours des écarts considérables de revenus entre ses habitants, y compris au sein d’un même pays comme l’a rappelé en France la crise des Gilets jaunes. En outre, depuis la crise financière mondiale de 2008 et la crise des dettes souveraines dans la zone euro, les pays d'Europe du Sud - l'Espagne, le Portugal, la Grèce et l'Italie- ont connu un décrochage par rapport à l'évolution du revenu moyen en Europe. C’est donc à la convergence des économies entre les pays de l'UE que devra s’atteler le prochain Parlement européen, selon le président de l’OFCE pour qu’advienne enfin, vingt ans après la création de la zone euro, une « Europe sociale » avec la question du marché du travail, a souligné Xavier Ragot : « Il faut une réflexion plus approfondie sur le salaire minimum, la portabilité des droits du travail et la réduction des inégalités, une assurance-chômage européenne ». Vaste programme !

Mais la réflexion n’est pas tout : il faut la volonté politique …et la légitimité démocratique pour l’exercer. Avant même de se poser la question de la convergence des politiques économiques grâce à des règles s’appliquant à tous, les électeurs auront à répondre par leur vote du 26 mai à celle du cadre dans lequel une telle harmonisation pourrait s’exercer : celui d’une Europe supranationale se substituant aux Etats ou celui d’une Europe au service de nations maîtresses de leur destin mais unies pour préserver leur héritage commun et promouvoir la même civilisation.


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