La Sélection du jour | Les Mondiaux d’athlétisme au Qatar, c’est dingue ! (n°767)
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Les Mondiaux d’athlétisme au Qatar, c’est dingue !

Par Philippe Oswald - Publié le 28 septembre 2019

« On nous prend pour des cons ! » Ce coup de gueule du champion du monde du « 50 km marche », le français Yohann Diniz, en conférence de presse, le vendredi 27 septembre, résume l’état d’esprit de beaucoup d’athlètes et de spectateurs : avoir organisé les Championnats du monde d’athlétisme au Qatar est une aberration et une catastrophe pour le sport. Alors que ces épreuves se disputent habituellement en août, l'Association internationale des fédérations d'athlétisme (IAAF) a dû les repousser cette année de près de deux mois en raison des températures régnant au Qatar : l’été, le thermomètre peut franchir allègrement les 50 °C. Ces conditions climatiques à ne pas mettre un bédouin dehors, ont entraîné une saison à rallonge pour les athlètes, contraints de s’entraîner pour supporter des conditions qui restent extrêmes en cette fin septembre. Car à Doha, où l’on ignore l’automne, la température peut encore dépasser en cette saison les 40° le jour et ne descend pas en dessous des 30° la nuit, avec un taux d'humidité oscillant entre 70 et 85%. Qu’importe, l’IAAF a choisi d’y faire concourir les athlètes… « On est pris pour des cobayes ! » a ajouté Yohann Diniz.

Ce sont les femmes qui ont eu l’honneur d’être les premières « cobayes » en disputant le marathon de Doha, dans la nuit de vendredi à samedi, par une température de 32 degrés et 73% d’humidité. Résultat : une hécatombe ! 28 marathoniennes sur 68 ont été contraintes d’abandonner… « C'est le marathon le plus dur de ma vie, ils n'auraient jamais dû donner le départ », s'est insurgée la Croate Bojana Bjeljac, qui a abandonné au 17e kilomètre. Quant à la championne du monde, la Kényane Ruth Chepngetich, elle a remporté l’épreuve en 2 heures, 32 minutes et 43 secondes, soit 15 minutes de plus que son record personnel.

D’autres épreuves se dérouleront dans un stade semi-couvert réfrigéré entre 24° et 25° qui sera également utilisé pour la Coupe du monde de football de 2022. Mais la construction de ce Khalifa Stadium de Doha aura défié les règles sociales les plus élémentaires s’agissant des ouvriers, des milliers de travailleurs migrants étant traités comme des esclaves au Qatar bien que le pays ait été contraint, sous la pression internationale, à travailler plus étroitement avec l’Organisation internationale du travail (OIT). Quant aux bonnes pratiques écologiques, il faudra beaucoup de persuasions aux organisateurs pour convaincre qu’elles auront été respectées grâce à une technologie présentée comme « révolutionnaire » - et même « à couper le souffle » selon le mot malencontreusement choisi par le président de l’IAAF, Sebastian Coe, pour vanter cette prouesse : une clim à ciel ouvert soufflant le froid dans l’air brûlant par 3 000 bouches d’aération pour la modique somme de 81 millions d’euros. Les spectateurs escomptés auraient-ils craint d’attraper un chaud et froid ? Aux dernières nouvelles, ils ne se bousculent pas : selon le Guardian, seuls 50 000 billets ont été vendus pour les dix jours de compétition, soit à peu près l’équivalent du remplissage espéré pour une seule journée, le Khalifa Stadium comportant 46 000 sièges…

Désastreux pour le sport, néfaste pour des milliers de travailleurs migrants, pas terrible pour la planète…pourquoi diable avoir choisi le Qatar ? Il se pourrait bien que ce soit pour les mêmes raisons que pour les Coupes du monde de football 2018 et 2022 qui font l’objet d’une information ouverte en France pour soupçons de corruption, impliquant entre autres l'ex-patron de l'UEFA, Michel Platini. Le fait est que l’ancien président de l’IAAF, Lamine Diack, est lui aussi mis en examen pour l’attribution au Qatar des Mondiaux les plus controversés de l’histoire.


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