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Société

La synthèse

Les masques sont essentiels et Décathlon joue "à fond la solidarité"

Par Judikael Hirel - Publié le 13 avril 2020

Les périodes de crise révèlent le pire comme le meilleur, qu’il s’agisse des individus comme des entreprises. Ainsi, quand Adidas a dû récemment s’excuser d’avoir tenté de profiter de l’épidémie pour ne pas payer le loyer de ses boutiques en Allemagne, Décathlon a à l’inverse gagné ses lettres de noblesse.

Comment ? En faisant littéralement don des plans d’un masque de "snorkeling", que des designers italiens ont adapté pour pallier la pénurie de respirateurs dans les hôpitaux lombards. C’est un médecin de Brescia, Renato Favero, qui a lancé l’idée en contactant l’entreprise Isinnova, spécialiste dans l’impression 3D, qui s’était mise à produire en urgence des valves pour appareils respiratoires. Ce médecin s’est dit que ce masque de plongée Easybreath, conçu à Hendaye et permettant de respirer par le nez et la bouche et vendu à moins de 30 euros, pouvait sauver des vies.

Bien lui en a pris : Isinnova a demandé "à avoir accès à nos masques pour mener des tests", explique-t-on chez Decathlon." On les leur a donnés, ainsi que nos plans de fabrications en 3D." Une valve spéciale (baptisée Charlotte) a été conçue pour permettre le raccordement aux respirateurs. Ainsi en à peine une semaine, deux prototypes étaient conçus et testés dans des hôpitaux de Brescia, et les tests se sont révélés concluants. À tel point que Decathlon s’est vue submergée de demandes venues des 69 pays où la marque est présente, de l’Institut polytechnique de Milan jusqu’à l’Université de Stanford, et même la NASA.

Certaines sociétés, à l’instar des laboratoire pharmaceutiques, en auraient profité pour faire de bonnes affaires. Mais Decathlon a préféré suspendre la commercialisation de ce masque, faire don de 30 000 produits en France, autant en Espagne, et 10 000 en Italie. 30 000 paires de lunettes de natation ont également été offertes. "Ces derniers jours, nous avons en effet été sollicités par des centres de recherche, des hôpitaux, des universités, etc. dans plusieurs pays. Nous avons naturellement accepté de partager nos plans 3D et nos informations techniques aux projets les plus sérieux et avancés."

La marque d’équipement de sport a surtout décidé d’abandonner son brevet sur ce produit contre une décharge de ces organismes certifiés quant à son utilisation. Decathlon œuvre par ailleurs à "fédérer ceux qui travaillent sur ces projets d’utilisation médicale du masque, qu’il s’agisse de makers, de start-up, d’universitaires… en essayant de les connecter entre eux. "Nous voulons rester à notre place. Nous ne voulons surtout pas faire de « buzz » avec cette utilisation de notre masque", a insisté Arnaud Gauquelin, directeur général de Decathlon France, qui précise également que "l’Easybreath est un masque qui a été conçu uniquement pour faire du snorkeling. Nous ne sommes pas médecins, et nous n’avons pas les compétences pour appuyer un usage dans le domaine médical, mais nous nous tenons à la disposition des centres de recherche." Qui aurait pu imaginer, pourtant, un tel destin pour un simple masque de plongée estival ?

Comme l'écrivait déjà LSDJ le 21 mars dernier, "les besoins sont tels et la pénurie si profonde que les promesses gouvernementales d’arrivages imminents non suivies d’effets déclenchent des réactions de colère du personnel soignant". Pour compléter votre information, regardez la vidéo sélectionnée ci-dessous : ceux qui ont l'expérience de la maladie disent que, comme nous l'écrivions il y a déjà le 25 mars (LSDJ 919 - À Hong-Kong, les masques, ça marche), les masques sont essentiels et que le confinement, qui a tant de conséquences négatives sur les vies, la société et l'économie, n'est pas forcément la méthode adaptée face au coronavirus, ainsi que le répète également le professeur Didier Raoult.


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