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Politique

La synthèse

Les Français malades de la peste fiscale

Par Philippe Oswald - Publié le 01 décembre 2018

Jusqu’aux nouveaux débordements et déprédations des manifestations de ce 1er décembre, la sympathie d’une majorité de Français pour la fronde ou la jacquerie des Gilets jaunes atteignait un score sans équivalent : 84%. Comment expliquer ce large consensus, malgré les répercussions de ce mouvement sur la vie quotidienne et les dangers qu’il fait planer sur l’économie, voire sur la démocratie ? Beaucoup d’explications pertinentes sont données sur l’ampleur de ce soutien à la « France périphérique », mais la plus évidente est un ras-le-bol fiscal généralisé. Aisés ou pauvres, citadins ou ruraux, politiquement à gauche, au centre ou à droite, tous les Français ressentent le poids excessif des taxes, des prélèvements et des impôts, sauf de très riches et malins exilés fiscaux. Tels « les animaux malades de la peste » de la fable de La Fontaine, les Français ne meurent pas tous de ces ponctions fiscales, mais tous en sont frappés.

L’augmentation des taxes sur le gazole, qui a déclenché la révolte des Gilets jaunes, n’est qu’un exemple  des dépenses incompressibles auxquelles les Français doivent faire face. En voici un autre : le prix de l’électricité devrait lui aussi être relevé au 1er janvier. Or, contrairement à une légende tenace, malgré son mode de production (72% de nucléaire), l’électricité n’est pas meilleur marché en France qu’ailleurs en Europe : elle est en réalité moins chère dans 15 pays de l'Union Européenne. Si le coût de production de l’électricité en France est bas grâce au nucléaire, les taxes pesant sur les ménages ont augmenté de 650% depuis 2000 et représentent 35% de la facture !

Publiée le 28 novembre, la dernière étude Eurostat, l'organisme d'études statistiques de l'Union européenne, confirme que la France reste la championne d'Europe des impôts et des cotisations sociales. Leur poids s’élevait à 48,4% du PIB en 2017 alors qu’en moyenne, dans l'Union européenne, les recettes fiscales représentent 40,2% du PIB. C’était la troisième année consécutive que la France tenait la tête de ce palmarès, qui plus est, en « améliorant » son score puisque la part des prélèvements obligatoires dans le PIB a augmenté de 0,7 point de pourcentage en France en 2017. Désormais, nous battons largement les pays scandinaves : le Danemark (46,5%), la Suède (44,9%) et la Finlande (43,4%).

Ponctionnés, les Français sont aussi des assistés : « la redistribution représente en moyenne 1/3 du revenu des Français. C'est sans précédent dans l'histoire de notre pays. C'est sans équivalent ailleurs » observait François Lenglet sur LCI, le 28 novembre. Résultat : ce socialisme à la française mécontente toujours plus de monde : les classes moyennes qui constituent l’essentiel de la base productive sur laquelle pèse la plus grosse part de l’impôt, et les classes populaires, paysans, petits fonctionnaires, chômeurs, retraités, dont la faiblesse des revenus, sans cesse amputés par de nouvelles taxes, n’est pas compensée par le saupoudrage de la redistribution. Prélevée sur une base de plus en plus étroite en raison de la proportion croissante d’inactifs (retraités, chômeurs, étudiants), cette redistribution ne cesse d’aggraver la dette publique, laissée en héritage aux nouvelles générations … Malgré ses contradictions, son anarchie et ses débordements, la révolte des Gilets jaunes n’aura pas été vaine si elle oblige l’Etat à casser la spirale d’un pays qui déresponsabilise et appauvrit ses citoyens.


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