La Sélection du jour | Les États-Unis et l’Iran jouent avec le feu ! (n°684)
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Les États-Unis et l’Iran jouent avec le feu !

Par Philippe Oswald - Publié le 22 juin 2019

« Dix minutes avant la frappe, je l’ai arrêtée », a tweeté Donald Trump vendredi 21 juin. Il avait lancé une frappe aérienne contre trois sites iraniens, en représailles à la destruction d’un drone américain par Téhéran. Raison invoquée pour justifier ce revirement : la réplique aurait fait 150 morts et n’aurait pas été « proportionnée » à la destruction du drone (dans l’espace aérien international selon les Américains, au-dessus de leur territoire selon les Iraniens). Les autorités iraniennes affirment de leur côté avoir lancé deux avertissements aux Américain avant d’être « obligées de l’abattre », selon les propres mots du chef de la force aérospatiale des Gardiens de la Révolution. Elles ajoutent que Trump leur avait adressé dans la nuit de jeudi à vendredi, un message pour les informer de l’imminence de l’attaque tout en leur faisant part de sa volonté de dialogue…

Donald Trump semble avoir perdu cette nouvelle manche de la partie de poker engagée avec Téhéran. C’est lui qui a craqué… Pour Nicole Bacharan, historienne et politologue spécialiste des États-Unis interrogée sur LCI, « Donald Trump s’est fait avoir à son propre jeu » : « On prévient qu’on est prêt mais qu’on a une certaine humanité, ça peut aussi être interprété comme le signe que Donald Trump a eu peur de l’engrenage dans lequel il s’engageait. » Mais le ouf ! de soulagement de l’opinion publique américaine profitera sans doute à la réélection de Donald Trump, au demeurant de plus en plus probable, en novembre 2020. C’est elle que vise à présent l’hôte de la Maison Blanche, plus que le succès des nouvelles sanctions qu’il impose à l’Iran pour lui faire abandonner son programme nucléaire. De leur côté, les plus modérés des dirigeants iraniens se satisferaient sans doute d’un assouplissement du blocus imposé par les Américains sur leurs exportations de pétrole. C’est en effet lorsque les Américains ont retiré l’autorisation qu’ils avaient concédée à certains pays d’importer du pétrole iranien, au début du mois de mai, que l’escalade a commencé. Or le signe que le président américain vient de leur envoyer, c’est qu’il bombe le torse, mais ne veut pas la guerre.

Toutefois c’est un jeu dangereux. Acculés économiquement, les Iraniens n’ont plus grand-chose à perdre, sinon bien sûr « la destruction totale » de leur pays dont les menace Donald Trump. Or il y a dans les méandres du pouvoir iranien, chez les « gardiens de la révolution », d’authentiques va-t-en-guerre.  A huit mois des élections législatives en Iran, ils n’ont pas renoncé à attirer Trump dans un conflit qui servirait leurs intérêts en enflammant le nationalisme iranien. Après l’attaque de deux pétroliers en mer d’Oman et la destruction du drone américain, une nouvelle provocation de leur part pourrait dégénérer, par exemple s’ils se risquaient à bloquer le détroit d'Ormuz. Les Américains viennent d’accroître de 1500 militaires leurs effectifs sur leurs bases et porte-avions dans la région, et s'apprêtent à en ajouter un millier de plus. À ce niveau de tensions, on a beau mesurer les risques dans les deux camps, on n’est jamais à l’abri d’une étincelle fatale dans cette poudrière qu’est le Moyen Orient.

Pour Georges Malbrunot, du Figaro (en lien ci-dessous) « faute de concessions américaines sur ses exportations de pétrole, Téhéran pourrait continuer son harcèlement, mais plutôt en Irak et au Yémen. »


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