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Bioéthique

La synthèse

Les « deux mères » de la « PMA pour toutes », un mensonge d’État

Par Philippe Oswald - Publié le 27 août 2019

C’est cette semaine que débutent à l’Assemblée nationale les auditions de représentants d’associations, de scientifiques, de juristes et de religieux supposés éclairer les députés en vue d’un « débat apaisé » sur la « PMA pour toutes ». En préambule, Nicole Belloubet, ministre de la Justice (et « mère porteuse » de ce texte avec Agnès Buzyn ministre de la Santé et Frédérique Vidal, ministre de la Recherche), a mis fin à un curieux suspense. Il concernait l’état civil des enfants supposés naître de deux femmes… Allait-on inscrire sur leur acte naissance « parent 1 » et « parent 2 » - étant entendu que la formule « mère 1 » et « mère 2 » n’aurait pas été des plus euphoniques… Finalement, la Garde des Sceaux a tranché : elle a annoncé sur BFMTV, le 26 août, que la dénomination « mère et mère » figurerait sur l’acte de naissance d’un enfant né d’une procréation médicalement assistée (PMA) pour un couple de lesbiennes. À l’appui de cette décision, elle n’a pas craint d’affirmer : « La réalité c’est celle-là : cet enfant a deux mères, eh bien, il aura deux mères à l’état civil », tout en précisant que « la mère qui a accouché sera très vraisemblablement placée en premier ».

Cette annonce pose au moins deux problèmes. D’abord, elle confirme fâcheusement l’impression générale que les jeux sont faits et que le débat n’est là que pour amuser la galerie (d’autant que le défenseur des droits, Jacques Toubon, qui fermera le ban des auditions, le 4 septembre, s’est dit favorable dès octobre 2018 à l’ouverture de la PMA pour toutes les femmes). Ensuite, elle introduit une petite note biologique dans une loi supposée s’affranchir de tout ordre naturel pour se plier aux désiderata individuels, ce qui trahit l’étrangeté pour ne pas dire le surréalisme de l’entreprise. Si c’est « la réalité » qu’un enfant peut avoir deux mères, pourquoi diable privilégier « la mère qui a accouché » ? N’est-ce pas avouer à demi-mot qu’elle serait tout de même un peu plus « mère » que l’autre ?  Ayant audacieusement postulé l’existence d’un cercle carré, la ministre de la Justice préfère aussitôt en souligner la rotondité en escamotant ses angles… Rude entreprise ! « Chasse la nature à coups de fourche, elle reviendra toujours en courant » constatait déjà le poète latin Horace un demi-siècle avant Jésus-Christ.

Hormis ces contorsions pathétiques, il reste que ce mensonge d’Etat des « deux mères » sera inscrit sur l’acte de naissance et dans la filiation des enfants issus de cette « PMA pour toutes », dénonce, notamment Ludovine de La Rochère, la présidente de la Manif pour tous, organisatrice d’une « manifestation nationale unitaire contre le projet de loi bioéthique », le 6 octobre prochain, à Paris. Une autre opposante à la « PMA pour toutes » et à l’éviction du père, la philosophe Chantal Delsol, s’interroge dans Le Figaro (en lien ci-dessous) sur cette apparente « fatalité » du « progrès » qui entraîne notre société du PACS au « mariage pour tous », puis, au nom de l’égalité et de la non-discrimination, de la PMA à la GPA. Qui arrêtera cette machine aveugle, cet « énorme rouleau compresseur », quand « l’éthique chrétienne, qui avait irradié ce continent pendant deux millénaires, n’a plus voix au chapitre » ? Faut-il compter, comme elle l’espère, sur un retour du bon sens, par une sorte de dégoût « de ces bacchanales individualistes » ? L’écrivain catholique anglais Chesterton (un visionnaire ayant annoncé, il y a un siècle, la grande dérive libertaire qui explose aujourd’hui) relevait déjà comme « un signe des temps » que « l’art d’être païen avec naturel s’est perdu chez nous (en Occident) depuis deux mille ans ». En d’autres termes, aucun ordre naturel ne pourra être reconstruit sans l’apport du christianisme qui a forgé et irrigué notre société. Il appartient donc aux chrétiens de ne pas succomber à la tentation du fatalisme pour retrouver urgemment leur « voix au chapitre ».  


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