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Sciences

La synthèse

Les chiens, clé de la fontaine de Jouvence ?

Par Ludovic Lavaucelle - Publié le 31 mai 2021

Les cerveaux de la Silicon Valley ont une nouvelle marotte : développer des solutions pour rallonger la vie. Cette recherche est vieille comme le monde. Des modes sont passées depuis les années 80, de la diète à ingérer des douzaines de pilules le matin, jusqu’à se faire injecter des cellules souches dans le cerveau… Les expérimentations les plus extrêmes sont restées à la marge et ne sont pas appuyées par des preuves médicales.

Récemment, une jeune femme de 26 ans, Céline Halioua, a lancé une start-up, Cellular Longevity Inc, dont l’objet est de développer des traitements pour rallonger l’espérance de vie des chiens. Quand on aura prouvé leur efficacité, elle est certaine que le public comme le régulateur seront disposés à utiliser et adapter ces traitements pour les êtres humains. « Les chiens sont les meilleurs modèles », assène cette jeune entrepreneuse. « Nous avons évolué avec eux et partagé notre foyer. Comme nous, ils sont susceptibles de tomber malades dans leur vieillesse. Si nous pouvons le faire pour les chiens, nous pourrons l’adapter pour nous-mêmes. » Sous la marque « Loyal  », 11 millions de dollars ont été levés et les premiers tests sont prévus pour début 2022.

Un obstacle de taille se dresse sur le chemin menant à la fontaine de Jouvence : les firmes pharmaceutiques n’ont pas envie d’investir dans des essais cliniques qui dureraient des décennies. De plus, les autorités de santé approuvent des traitements qui correspondent à des maladies identifiées. Pour ces raisons, des protocoles anti-âges prometteurs n’ont pas pu être testés sur les personnes. Or l’idée d’essayer sur les chiens n’est pas tout à fait nouvelle. Près de 30 000 propriétaires ont inscrit leurs compagnons à quatre pattes au « Dog Aging Project » financé et soutenu par l’agence américaine de recherche médicale, le National Institutes of Health. Il s’agit d’étudier comment les facteurs génétiques et environnementaux influencent le vieillissement des canidés. Par ailleurs, près de 200 chiens adultes vont recevoir un traitement à base de rapamycine, déjà utilisée chez les humains pour prévenir certains types de cancer et les rejets de greffes d’organes.

D’après Matt Kaeberlein, co-directeur du projet, la rapamycine présente l’intérêt majeur de ralentir voire inverser le processus de vieillissement des tissus observés. Malgré ce potentiel reconnu, ce médicament n’a pas une bonne réputation car il provoque des effets secondaires importants. Mais, toujours d’après Kaeberlein, cet inconvénient est dû aux doses importantes reçues par les personnes transplantées. Il s’attend à des résultats bien plus satisfaisants avec les faibles doses mélangées au beurre de cacahuète servi aux chiens. Convaincu, il a lui-même utilisé la rapamycine pour calmer des inflammations. On sait déjà qu’imposer une réduction calorique aux chiens permet d’allonger leur espérance de vie de deux ans en moyenne. Les scientifiques impliqués préconisent de combiner cette pratique diététique avec le traitement à base de rapamycine pour rallonger de 50% voire 70% la vie des chiens.

Céline Halioua, qui a étudié les neurosciences à Oxford, compte développer deux traitements avec l’objectif de les faire approuver en 2024. Le grand intérêt d’utiliser les chiens, qui restent confortablement chez leurs maîtres, est que les tests peuvent être bouclés en trois à cinq ans. C’est donc moins compliqué et plus intéressant qu’avec les jeunes souris qui doivent être modifiées génétiquement pour développer un vieillissement précoce. Interrogée par Ashlee Vance pour Bloomberg Businessweek (voir article en lien ci-dessous), Céline Halioua est persuadée que le succès d’un traitement anti-âge chez nos fidèles compagnons éveillera l’intérêt du grand public comme du régulateur. « On a réussi à considérablement rallonger la vie de nos cobayes des centaines de fois, mais tout le monde s’en fiche en dehors des cercles scientifiques parce qu’il s’agit de souris… Si l’on arrive à rallonger la vie du meilleur ami de l’homme, leurs maîtres devraient s’y intéresser. » Quand je vais raconter ça à mon chien…


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