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Eglise

La synthèse

Les catholiques n’en peuvent plus d’être privés de messe dominicale !

Par Philippe Oswald - Publié le 28 avril 2020

Les cérémonies religieuses, vient d’annoncer ce 28 avril Edouard Philippe à la tribune de l’Assemblée nationale, ne reprendront pas avant le 2 juin, donc après la Pentecôte. Soit trois semaines après le début du déconfinement, le 11 mai. « Je sais l’impatience des communautés religieuses, mais je crois légitime de demander de ne pas organiser de cérémonies avant cette barrière du 2 juin » a avancé le Premier ministre, en rappelant que les lieux de culte pourront « continuer à rester ouverts ». Les obsèques, elles, « resteront autorisées comme aujourd’hui dans la limite de vingt personnes ». La patience des fidèles catholiques privés de participer physiquement à la messe et donc de communier restera donc soumise à rude épreuve ! « La liberté de circuler est rétablie, la liberté de se rassembler aussi, la liberté de commercer, d'étudier... la seule liberté qui n'est pas rétablie est la liberté de culte, de quel droit ? » s’indigne l’abbé Simon d’Artigues, curé de l’ensemble paroissial cathédrale à Toulouse, sur Twitter (son interview sur Radio Présence, en lien ci-dessous). La privation de l’assemblée dominicale n’est pas une mince affaire : depuis la Cène, l’eucharistie est « la source et le sommet de la vie chrétienne », enseigne l’Eglise catholique.

12 semaines sans eucharistie ! Connus pour leur résilience et leur respect de l’autorité, les catholiques commencent à montrer des dents devant ce qui ressemble fort à une discrimination. Les semaines précédentes ont été marquées par des irruptions policières pour interrompre des messes privées prétendument « clandestines ». L’archevêque de Paris en personne, Mgr Michel Aupetit, a donné de la voix, le 22 avril, sur Radio Notre-Dame, après l’intrusion de trois policiers armés dans l’église Saint-André-de-l’Europe, au cœur de Paris (VIIIe arrondissement) pour interrompre la messe dominicale du 19 avril : « Les policiers sont entrés en arme dans l'église, or il y a interdiction formelle aux policiers d'entrer en arme dans une église. Il n'y avait pas de terroristes ! Il faut garder la tête froide et arrêter ce cirque. Sinon on va prendre la parole et nous allons aboyer très fort ! », a averti l’archevêque. Cette messe était parfaitement légale, célébrée dans le strict respect des règles sanitaires en vigueur, en petit comité (sept personnes dont le célébrant) mais filmées pour les réseaux sociaux. Finalement, après intervention de la maire LR du VIIIe, le commissaire de l'arrondissement a reconnu l’erreur et s'est excusé.

Si cette goutte d’eau avait fait déborder le bénitier, c’est que le gouvernement est soupçonné d’user et d’abuser de la docilité des catholiques. Indifférence, ignorance ou mépris de leurs besoins spirituels ? La désormais fameuse « attestation de déplacement dérogatoire » mentionne, parmi les motifs de sortie, les « besoins des animaux de compagnie » mais nullement la possibilité de faire halte dans une église ou un oratoire. Le gouvernement fait montre de plus d’indulgence envers les musulmans qui se réunissent pour le ramadan et d’une façon générale, envers ceux qui bravent le confinement (et la police) dans les quartiers « difficiles ». En témoignent les consignes de non-intervention données aux policiers par le ministère de l’Intérieur (elles ont « fuité »).

Évêques, prêtres et fidèles réclamaient la reprise des messes publiques dès le début du déconfinement, avec les précautions sanitaires requises.Dans Le Figaro du 24 avril, 130 prêtres avaient signé un appel au président de la République : « Le 11 mai, cela fera 9 semaines que les catholiques n’auront pu se retrouver pour célébrer ensemble, pour communier et se confesser. Des couples ont dû reporter le baptême de leur enfant, d’autres leur mariage. Les premières communions, professions de foi, confirmations sont elles aussi reportées. Cela ne s’est jamais vu dans l’histoire [du moins, pas depuis la Révolution NDLR.] La vie économique et sociale doit reprendre à partir du 11 mai, il n’y a pas de raison pour que la vie cultuelle et religieuse soit laissée de côté ». Réunis en vidéo-conférence ce même 24 avril, les évêques de France avaient communiqué aux pouvoirs publics leur plan de déconfinement pour une reprise des activités cultuelles et caritatives « au même rythme que la vie scolaire, sociale et économique du pays », soit le retour des assemblées dominicales à partir du dimanche 17 mai. « Un mois de distance entre l’ouverture des commerces aux clients et des cultes aux fidèles serait inacceptable » avait averti Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, dans un entretien à Famille Chrétienne (25 avril). « La liberté religieuse serait-elle moins précieuse que la liberté d’entreprendre ou de travailler ? » avaient renchéri des professeurs de droit, de philosophie, d’histoire dans une tribune publiée par La Croix (28 avril). Les uns et les autres n’ont malheureusement pas été entendus par le Premier ministre. Cette surdité laissera des traces.


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