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Société

La synthèse

Les anti-passe sanitaire ne faiblissent pas

Par Philippe Oswald - Publié le 21 août 2021

Les opposants au « pass sanitaire » ont défilé dans quelque 200 villes de France ce 21 août pour le sixième samedi consécutif. C’est devenu un rendez-vous hebdomadaire, un phénomène sans précédent au cœur de l’été. Qu’en sera-t-il à la rentrée ?

On ne compte plus les déclarations méprisantes et parfois injurieuses de personnalités ayant micro ouvert dans les chaînes de radio-télévision, contre les « anti-pass ». Ces réfractaires au passe sanitaire amalgamés aux « anti-vax », bien que certains ne manquent pas de se dire vaccinés, deviennent gênants. Ils ne se résignent pas à « la vie de merde » (sic) que leur a promise un maître d’œuvre de la politique vaccinale, resté anonyme mais abondamment cité par les médias. Du coup, ils sont qualifiés d’obscurantistes, de complotistes voire d’antisémites sous prétexte que quelques abrutis (ou/et provocateurs) ont brandi ici ou là des pancartes équivoques sur lesquelles se sont aussitôt concentrées les caméras. A l’égard des « anti-pass », le mot d’ordre « pas d’amalgame » n’a plus cours !

Tout est fait pour diaboliser cette fronde populaire. Bien qu’inorganisée, multiforme, elle s’installe dans la durée et commence à faire peur aux « élites ». Elle paraît plus difficile à circonscrire que celle des « Gilets jaunes », car elle réunit des Français de tous milieux et catégories sociales, étudiants, retraités, actifs, dont des professionnels particulièrement appréciés, des médecins, des infirmiers, des pompiers. Malgré d’évidentes tentatives de récupérations politiques (Florian Philippot, Dupont-Aignan), elle ne semble pas pouvoir être étiquetée « de droite » (si ce n’est dans la mesure où l’opinion française dans son ensemble penche effectivement « à droite »).

Ce qui motive ces manifestants, c’est avant tout la volonté de retrouver des libertés aussi fondamentales que celle d’aller-venir. Ils veulent préserver leur droit de travailler, d’acheter, de consommer, de se distraire, qu’ils soient ou non vaccinés. Ils refusent l’obligation vaccinale comme condition sine qua non de mener une vie humaine, et s’arc-boutent en particulier contre la perspective d’une vaccination imposée à leurs enfants contre leur gré, d’autant que le rapport bénéfice/risque ne plaide pas en faveur d’une vaccination des plus jeunes. Les dernières nouvelles sur la moindre efficacité des vaccins contre le « variant delta » renforcent leur détermination à rejeter le « pass sanitaire ». Quel fondement scientifique peut-on encore invoquer pour séparer les citoyens en « élus » et « réprouvés » si les vaccinés, certes moins susceptibles de développer des formes graves de la maladie, demeurent néanmoins contagieux, voire le seraient davantage s’ils étaient porteurs d’une charge virale plus forte, tout en étant dispensés du port du masque ? «Tous vaccinés, tous protégés », vraiment ? Constatant que les vaccinés restent contagieux au variant delta, des scientifiques du monde entier concluent que l’objectif d’une immunité collective par la vaccination massive est un leurre … 

Les dernières informations sur l’évolution du virus et les effets secondaires des vaccins renforcent la défiance à l’égard d’un gouvernement et d’une autorité sanitaire qui n’ont cessé de se contredire depuis le début de l’épidémie. Chacun peut comprendre que son ampleur et son évolution aient surpris le pouvoir. Mais son refus de reconnaître des errements répétés, ses mensonges pour les dissimuler (sur les masques, les protections, les postes de réanimation), le discrédit systématique sur les traitements préventifs au profit du vaccin-pour-tous assorti d’une interdiction de prescrire des médicaments qui auraient pu sauver des vies, et enfin les engagements solennels proclamés jusqu’au sommet de l’Etat à ne « jamais » instaurer un passe sanitaire, ont achevé de ruiner la confiance d’une grande partie de la population. « Si le peuple manifeste en pleine pandémie, c’est que le gouvernement est plus dangereux que le virus », affichait une pancarte brandie aujourd’hui. Certes, selon les derniers sondages, les Français ne sont pas majoritairement « anti-pass », mais ils sont 40% à dire qu’ils comprennent les manifestants du samedi.

« De quel droit méprise-t-on les anti-passe ? » s’interroge l’essayiste et historien Maxime Tandonnet dans le Figaro (en lien ci-dessous).


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