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Economie

La synthèse

L'émergence de crypto-monnaies souveraines, c'est la bourse et la vie !

Par Ludovic Lavaucelle - Publié le 25 octobre 2021

Connaissez-vous l’acronyme « CBDC » pour « Central Bank Digital Currency » ? C’est en anglais mais ce sera bientôt aussi chinois : la Chine a l’intention de lancer sa « monnaie numérique nationale ». Une douzaine d’autres pays ont fait part du même projet alors que les crypto-monnaies (comme le Bitcoin) qui inquiètent les banques centrales, ne semblent pas près de disparaître. Certes, une bonne partie de l’argent en circulation est déjà digitalisée. On l’affiche sur le site internet de sa banque après quelques clics. Mais une « CBDC » est bien plus qu’un « e-dollar » ou qu’un « e-euro ». Pour le lanceur d’alerte Edward Snowden (voir son essai en lien), la CBDC est le jumeau maléfique des crypto-monnaies privées : il installerait l’État dans le rôle d’intermédiaire central et déposséderait les gens de la maîtrise de leur argent…

Les auteurs de la « Grande Réinitialisation », ont parlé de la marche inéluctable vers un monde digitalisé… Serait-ce donc une évolution normale des monnaies ? Pendant des siècles, la monnaie était matérialisée par des pièces frappées sur des métaux précieux. La valeur d’une pièce était liée à la quantité de métal précieux qui la composait. Or les États ont vite appris à tricher en diluant l’argent dans le plomb. L’histoire de la monnaie dans la Rome impériale est instructive. En l’an 65, un denier romain contenait plus de 90% d’argent. Deux siècles plus tard, moins de 5% ! Ce qu’on qualifierait sans doute aujourd’hui « d’innovation financière » a permis le financement de guerres interminables. La valeur d’une pièce était donc ce que l’État décidait qu’elle serait, sans tenir compte de sa valeur intrinsèque. La suite logique est que les marchands itinérants, ne voulant plus transporter des stocks de pièces, ont créé des formes symboliques de devises. Ils transportaient des papiers qui pouvait être échangés contre des pièces sonnantes et trébuchantes. Les États ont suivi cette évolution en établissant leurs propres monnaies convertibles. Les billets ont circulé de plus en plus jusqu’à ce que les autorités n’autorisent plus de les échanger contre des pièces et, finalement, inventent la « monnaie souveraine » contrôlée par une banque centrale.

Passer du bout de papier au numérique irait donc dans le sens de l’histoire. Les euros affichés sur le site internet de notre banque peuvent toujours être retirés dans l’une de ses succursales, et les billets encore rangés dans notre portefeuille échappent au contrôle de la banque. Le modèle « disruptif » des crypto-monnaies inquiète les banques traditionnelles car il casse leur rôle d’intermédiaire. Il fait fi aussi du rôle de régulateur de l’État via les banques centrales. Les utilisateurs de « crypto » peuvent échanger et amasser de la valeur hors du contrôle des autorités. Bien entendu, ces dernières pointent du doigt le risque de favoriser le crime organisé. Mais le Trésor américain lui-même assure que le volume financier drainé par les activités illégales reste bien plus important via les canaux financiers traditionnels…

Les promoteurs des CBDC soutiennent que ce nouveau de type de monnaie élimine le risque inhérent aux transactions et la fraude puisqu’on ne pourra plus cacher l’argent au gouvernement. Les opposants, dont Snowden, y voient l’extension de la surveillance d’État. Le fait que la Chine ouvre le chemin, en bannissant le Bitcoin et en lançant le « e-yuan », devrait nous alerter.

Le rôle historique des banques a été capital pour permettre le développement économique. Elles ont permis de repousser les limites du risque financier, d’accéder au crédit et donc d’investir. Elles ont aussi facilité le mouvement des capitaux tout en offrant la sécurité de coffres-forts. On peut aujourd’hui, en quelques clics, opérer des transactions… Mais si l’on visite sa banque pour demander un retrait important, il est fort probable que l’argent ne sera pas disponible immédiatement … Il y a, selon Snowden, une dichotomie entre la montée en puissance du « complexe banco-industriel » et son rôle réduit à de l’intermédiation qui revient à ponctionner les comptes de ses clients. Pas étonnant donc que les banques centrales s’inquiètent de l’émergence de crypto-monnaies et voient dans les CBDC un moyen de maintenir leur emprise.

Le développement de crypto-monnaies émises par les banques centrales serait un danger pour la liberté individuelle prévient Snowden. Dans un monde numérisé, toutes nos transactions seraient suivies à la trace par l’État. Dans un monde ultra-connecté, nos assurances pourraient être reliées aux banques centrales. Quelqu’un ayant une maladie chronique pourrait se voir refuser certains achats alimentaires « pour son bien » …

« En 2030, vous ne posséderez rien et vous serez heureux » proclame un slogan du Forum Economique Mondial… Quand des libéraux rejoignent les marxistes pour rejeter la propriété privée, on peut dire que la boucle est en passe d’être bouclée…


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