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La synthèse

Le tour de passe-passe du « Pass sanitaire »

Par Philippe Oswald - Publié le 13 mai 2021

Le « Pass sanitaire » (sans e pour améliorer l’orthographe des Français !) dont l’évocation était réputée « complotiste » il y a quelques mois, a été adopté en première lecture dans la nuit du 11/12 mai par l’Assemblée nationale (208 voix contre 85). Laborieusement, certes : les députés MoDem, pourtant membres de la majorité, ont fait de la résistance, histoire sans doute de rappeler leur existence, puis au coup de sifflet, ils sont rentrés dans le rang. Issue sans surprise : le « Pass sanitaire », déjà validé le 4 mai par la Commission des lois avec la chaude recommandation du Conseil scientifique, est une idée du Président de la République. On verra ce qu’en dira le Sénat le 18 mai.

Il s’agit d’un passeport sanitaire dont devra être muni toute personne désireuse d’accéder à un établissement, lieu ou événement réunissant plus de 1000 participants. On ne sait pas comment cette jauge a été calculée, ni d’ailleurs comment on pourra deviner si tel ou tel événement ou manifestation franchira ce seuil fatidique… Ce qui est sûr, c’est qu’il faudra exhiber un document ou un QR code prouvant qu’on a été vacciné, ou testé négatif, ou qu’on est immunisé, pour faire partie des heureux élus. Quant à la non-contagiosité des personnes munies du sésame, elle demeure une probabilité statistique, autant dire une énigme entourée de mystère.

La seule certitude, c’est que ce « Pass sanitaire » est une nouvelle atteinte à la liberté qu’une majorité de Français interrogés réprouvait lors d’une vaste consultation du Conseil économique, social et environnemental (CESE) sur le « Passeport vaccinal » en mars dernier : 67,1% s’y déclaraient très défavorables. Deux mois plus tard, par la magie de la communication, la proportion des pour et des contre s’est totalement inversée… Dans un nouveau sondage Harris Interactive (29 avril), 67% des sondés approuvent l’instauration du «Pass sanitaire » afin d’accéder aux grands événements (stades, festivals, parcs de loisirs, concerts, foires, salons ou expositions) à partir du 9 juin.

Les autorités ont procédé par étapes. Agitant d’abord la menace d’une attestation vaccinale obligatoire pour entrer et sortir du territoire puis pour « l’accès à de grands événements sportifs ou culturels », elles ont ensuite mis de l’eau dans leur vin (retard à la vaccination oblige !) pour se caler sur le modèle du « passeport vert » européen qui inclut soit le vaccin, soit un test négatif, soit la preuve d’une immunisation après avoir guéri de la Covid. Parmi les ralliés au « Pass sanitaire » grâce à cet élargissement, Roselyne Bachelot, ministre de la culture. Alors qu’elle confessait avoir « beaucoup de mal » avec la perspective d’un « passe vaccinal » le 23 avril sur le plateau de BFMTV, elle a expliqué son ralliement au « Pass sanitaire » le 12 mai au micro de France Inter. Mais elle a précisé que « les personnels, gestionnaires et bénévoles de festival ne seront pas concernés par cette obligation du Pass sanitaire » parce qu’il serait illégal de le leur imposer ! Restera à faire « avaler » cette étrange exception aux spectateurs qui pourraient ainsi être contaminés en toute légalité par les acteurs (comédiens, chanteurs, danseurs, sportifs) et autres professionnels du spectacle.

« Toutes les restrictions sont possibles à partir du moment où nous entrons dans un régime qui aligne toutes les libertés, individuelles ou publiques, sur la base d’une certaine conception de la santé. Tous les garde-fous sautent un par un, laissant le champ libre à toutes les dérives. Et pour cela, le gouvernement mène une guerre d’usure aux Français », alerte le président de Via (ex. Parti chrétien démocrate), l’ex-député des Yvelines Jean-Frédéric Poisson, sur Sputniknews. Il semble crier dans le désert… Serait-ce parce que sa formation de philosophe thomiste (Aristote, Thomas d’Aquin) le démarque de ses anciens collègues députés ? Dans La Croix (en lien ci-dessous), un autre philosophe réaliste, Martin Steffens, décortique ce qui se cache derrière le néologisme « Pass sanitaire » : « …le tour de passe-passe du pass, c’est qu’il n’offre jamais que ce dont il vient de nous priver. Il ressemble à ces péages que les seigneurs, puis les États, faisaient partout fleurir pour vous permettre d’accéder à une route que, la veille encore, vous empruntiez sans rien devoir à qui que ce soit. Il fait penser à la rançon que l’on paie aux ravisseurs qui vous rendront ainsi votre propre bien. La question est d’ailleurs sur toutes les lèvres : comment cela va-t-il se passer ? La réponse est claire : mal, puisque c’est sans doute la plus formidable restriction de liberté que l’humanité ait jamais connue. Au lieu de frontières en bonne et due forme, qui exigent passeports ou passeurs, chacun portera sur lui (…) la frontière qu’il sera devenu pour tous les autres. »

Tentons néanmoins de nous rassurer : en l’état actuel, ce « Pass sanitaire » ressemble à une nouvelle usine à gaz destinée à rejoindre le vaste bric-à-brac de nos lois inappliquées…


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