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Bioéthique

La synthèse

Le salon parisien de la GPA ne trouble pas le gouvernement

Par Philippe Oswald - Publié le 06 septembre 2021

Officiellement, la gestation pour autrui (GPA) est pour le gouvernement une « ligne rouge » infranchissable. Mais l’organisation du salon « Désir d’enfant » à Paris, le weekend dernier (4 et 5 septembre), pour la deuxième année consécutive, montre que les autorités politiques ne se soucient guère de la GPA, voire qu’elles s’en accommodent fort bien, comme étant sans doute conforme au « sens de l’Histoire ».

En France, il est donc loisible à tout un chacun de braver la loi qui interdit la GPA, en choisissant une femme sur catalogue pour acheter ses ovocytes, de les faire féconder dans un labo, de les implanter dans l’utérus d’une « mère porteuse » et, après la naissance, d’arracher l’enfant à celle-ci contre argent (entre 150 000 à 200 000 dollars aux États-Unis, mais seulement 30 000 euros en Ukraine…)

Bien que le site Internet de « Désir d’enfant » eût présenté l’événement comme « purement informatif et non commercial », la publicité s’est exercée au vu et au su de tous, dans une véritable foire commerciale, espace Champerret, en plein Paris, sans que personne ne cille du côté des pouvoirs publics : ni le ministre de la Justice, ni le préfet de Paris, ni le préfet de police de Paris, ni la mairie de Paris, n’avaient réagi au courrier adressé préventivement par l'association « Juristes pour l’enfance » le 10 juin 2021 puis, en relance, le 9 juillet 2021… Même apathie du côté de la Justice : la plainte contre X déposée en octobre dernier auprès du Procureur de la République de Paris par les Juristes pour l’enfance après les violations de la loi française constatées par huissier, lors de la précédente édition de « Désir d’enfant », est restée sans suite. « Qu’on se le dise : il est moins risqué de violer la loi française en se proposant comme intermédiaire de GPA que pour un bistrotier de servir un café sans contrôler un passe sanitaire » s’indigne l’avocate Olivia Sarton, directrice scientifique de l’association Juristes pour l’enfance, dans une tribune publiée par Marianne (en lien ci-dessous).

Cette année, relève pour sa part le site Gènétique, parmi les partenaires de « Désir d’enfant », on comptait huit entreprises de GPA, trois banques de gamètes (vendant spermatozoïdes et ovocytes avec possibilité de choisir un donneur en fonction de ses caractéristiques physiques y compris sa « race », sa personnalité, ses centres d’intérêt…), un transporteur spécialisé dans l’acheminement de sperme, d'ovules et d'embryons à travers la planète… Les cliniques espagnoles du groupe IVF ont vu grossir leur carnet de commandes en proposant la PMA sans limite d’âge et en promouvant la méthode ROPA qui permet à un couple de lesbiennes de maintenir la fiction de deux « mères », l’une étant la mère génétique et l’autre la mère porteuse en évinçant totalement le géniteur puisqu’en Espagne le don de gamètes est toujours anonyme. Tant pis pour l’enfant qui ne pourra jamais connaître sa filiation paternelle. Des cliniques concurrentes situées dans d’autres pays proposent pour leur part le choix du sexe du bébé conçu in vitro, avant l’implantation, par la réalisation d’un diagnostic préimplantatoire. Inutile de préciser que les embryons exclus à cause de leur sexe seront jetés comme des déchets (à moins qu’ils ne soient utilisés comme des matériaux pour l’élaboration de produits pharmaceutiques, des vaccins par exemple…). Qu’en pensent les promoteurs de la « bioéthique à la française ? « Emmanuel Macron ferme les yeux sur la manipulation qui se joue, et qui cache une dramatique exploitation des femmes », constate Ludovine de La Rochère, présidente de La Manif pour Tous, qui a organisé tout le weekend des actions choc, avec des femmes déguisées en Marianne et des grands bonhommes gonflables couverts de codes-barres, aux abords du salon.

Par sa passivité, l’État se rend « complice de l’exploitation des femmes et du trafic d’enfants qui en résultent via la GPA », conclut également le site Gènéthique. La GPA est pourtant condamnée par le Parlement européen au motif que « l’exploitation sexuelle à des fins de gestation pour autrui et de reproduction (…) est inacceptable et constitue une violation de la dignité humaine et des droits de l’homme » (Résolution du 21 janvier 2021 sur la stratégie de l’Union européenne en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes).


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