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La synthèse

Le Sahel en proie aux rivalités djihadistes et à la répression militaire

Par Philippe Oswald - Publié le 21 mai 2020

La rivalité entre les djihadistes de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) et ceux du GSIM, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, lié à al-Qaida, prend une tournure sanglante au Sahel depuis le début de l’année. Auparavant, ces groupes avaient paru s’éviter, chacun se livrant à des attaques contre des villages et des casernes, au Mali, au Niger et au Burkina Faso (l’attaque du camp de Chinagodar au Niger, le 9 janvier, a fait 89 morts parmi les militaires). Les djihadistes en ont tiré un arsenal avec lequel ils s’affront à présent – sans pour autant que leurs combats offrent un répit aux populations et aux militaires, bien au contraire. Pour les populations, sommées de choisir leur camp, ces affrontements entre djihadistes s’ajoutent aux plaies infligées par les combats entre djihadistes et militaires, et par la répression que ceux-ci exercent aveuglément.

Depuis son rapprochement, fin 2009, avec l’Islamic State’s West African Province (ISWAP) qui sévit au Nigéria, l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) s’inspire des méthodes de l’ISWAP pour attaquer avec divers groupes islamiques locaux des camps militaires au Mali, au Niger et au nord du Burkina Fasso. Cette branche sahélienne de l'État islamique (EIGS) a été désignée par la force Barkhane comme l’ennemi n°1, le plus dangereux sur la zone « des trois frontières » (Mali, Niger, Burkina Faso). Mais depuis quelques mois, l’EIGS aurait massivement perdu du terrain au Mali au profit du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) lié à Al-Qaïda. Celui-ci paraît avoir le vent en poupe, notamment via sa « filiale », la katiba Macina, le Front de libération du Macina, qui a revendiqué des attaques jusqu’au centre du Mali. Au point que le gouvernement malien n’a pas caché sa démangeaison d’ouvrir des négociations avec les islamistes de la katiba Macina et du GSIM.

Exaspérés par leurs revers, les armées régulières et leurs supplétifs, mais aussi les groupes d’auto-défense, accumulent les exactions contre les populations. Comment enrayer cet engrenage et le pourrissement de la situation ? La montée en puissance de Barkhane, portée de 4 500 à 5 100 hommes par Emmanuel Macron à l’occasion du sommet de Pau (13 janvier 2020) qui a réuni le président français et les chefs d'État des États membres du G5-Sahel (la Mauritanie, le Mali, le Burkina, le Niger et le Tchad) semble une mesure impuissante à enrayer le cycle de défaites enregistrées sur le terrain. Pire : depuis ce sommet, les forces de défense et de sécurité ont multiplié les exactions contre des populations soupçonnées de complicité, dénonce Dr Niagalé Bagayoko, présidente de l'African Security Sector Network (ASSN) (lire son article en lien ci-dessous). Les peuples sahéliens et, finalement, leurs gouvernements, ne finiront-ils pas, de guerre lasse ou, plus profondément, par solidarité musulmane, par basculer dans le camp des islamistes ? « Nous ne sommes pas en train de gagner la guerre », a averti le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.


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