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Politique

La synthèse

Le Président et ses interlocuteurs nous ont fait perdre une heure

Par Philippe Oswald - Publié le 14 juillet 2020

L’allocation présidentielle de ce 14 juillet renouait avec une tradition dont Emmanuel Macron avait cru pouvoir se dispenser depuis le début de son quinquennat. Elle était destinée à instruire les Français sur le « nouveau chemin » que le Président leur avait fait miroiter après le confinement et la sortie de crise. Mais qu’a-t-on appris de la bouche du président, sinon qu’il faudrait sans doute à l’avenir porter un masque dans les lieux publics clos, que lui-même ne prendrait pas de chloroquine s’il était atteint par le coronavirus (même si son médecin le lui recommandait ? – les journalistes n’ont pas songé à creuser la question) ou encore, s’agissant des accusations des féministes contre son nouveau ministre de l’Intérieur, Darmanin, qu’il respectait la présomption d’innocence (on s’en serait douté !)… À part ces questions fort peu inquisitrices, Léa Salamé et Gilles Bouleau, les deux journalistes, ne l’ont titillé sur rien. Ils n’ont pas évoqué la mortalité record subie par la France à cause de l’ouverture des frontières, l’absence des masques, des tests etc., ni même la montée de l’insécurité sur tout le territoire tragiquement illustrée ces jours derniers par la mort d’une femme gendarme et d’un chauffeur de bus, tués par des barbares. Pas un mot sur la haine et la violence communautaires qui se déchaînent actuellement contre la police et toute personne représentant une institution au cours de cette heure d’entretien présidentiel du 14 juillet, c’est proprement stupéfiant ! Autre sujet aux abonnés absents bien qu’il soit emblématique du « nouveau chemin » dans lequel nous entraîne la République en marche : la bioéthique. Aucune allusion des journalistes… et bien entendu, pas un mot du président sur un projet de loi qu’il avait pourtant qualifié lui-même de « texte de tous les dangers ».

C’est en effet un véritable choix de société qui s’effectue actuellement en catimini dans la torpeur de juillet. Le gouvernement a choisi cette période pour programmer en deuxième lecture le projet de loi bioéthique à l'Assemblée nationale. Une façon de passer en force au mépris des opposants, après avoir abandonné le texte aux « transhumanistes » les plus extrémistes de la majorité présidentielle, à commencer par le rapporteur du projet de loi, Jean-Louis Touraine. Oubliés, les « états-généraux » et les auditions à l’Elysée ! Méprisé, ce sondage IFOP, selon lequel 7 Français interrogés sur 10 considèrent que ce projet de loi devrait être suspendu ou retiré pour donner la priorité à la gestion des conséquences économiques et sociales de la pandémie… Depuis le 29 juin, une commission spéciale s’est « lâchée » sur les sujets les plus transgressifs après avoir « détricoté » le texte révisé par les sénateurs en première lecture... (ainsi la majorité des députés a-t-elle jeté aux orties la mesure introduite par le Sénat stipulant que « nul n’a de droit à l’enfant »). Non seulement les membres de cette commission ont rétabli dans ses grandes lignes la première version votée par l’Assemblée nationale, mais ils y ont injecté les mesures les plus transgressives. L’une des plus extrémistes, la technique de la FIV à deux mères (ROPA : réception de l’ovocyte du partenaire pour éclater la maternité entre deux femmes – un truc de dingue !) avait été mise en avant pour être refusée par le gouvernement et lui donner d’apparaître ainsi « modéré », selon la vieille technique : deux pas en avant, un pas en arrière. Mais pour le reste, c’est « open bar » : non seulement légalisation de l’AMP (assistance médicale à la procréation) sans père remboursée par la Sécu bien qu’elle soit détournée de sa fin thérapeutique, mais aussi aggravation de l’eugénisme par un renforcement du tri des embryons (DPI-A) afin d’éliminer ceux qui seront suspects d’être porteurs de maladie, et saut dans le transhumanisme avec la création d’embryons chimères homme animal et d’embryons humains transgéniques ! On tourne le dos à la médecine pour instrumentaliser l’embryon et l’exploiter à des fins commerciales sous l’approbation des lobbies… Quant aux 1200 amendements déposés en deux semaines par des députés, ceux-ci n’auront eu qu’une poignée de minutes pour les défendre.

Comment le président peut-il « réclamer l’unité de la nation pour aborder une crise sanitaire et économique sans précédent » en faisant l’impasse sur l’intérêt des plus fragiles ? s’indigne Tugdual Derville, Délégué général de l'association Alliance Vita (son décryptage du vote de la Commission spéciale de l’Assemblée nationale en lien ci-dessous).


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