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Histoire

La synthèse

Le Parti Communiste Chinois doit son existence aux envahisseurs colonialistes !

Par Ludovic Lavaucelle - Publié le 10 juillet 2021

Le PCC vient de fêter en grandes pompes son centenaire. Les dignitaires du régime avaient prévenu dès le mois d’avril que le « nihilisme historique » serait combattu férocement. Comprenez : l’histoire officielle du Parti ne doit souffrir d’aucune contestation. De Pékin à Hong Kong, les manifestations spectaculaires et les discours solennels ont célébré les glorieux fondateurs qui avaient vaincu les puissances coloniales et mis fin au « siècle d’humiliation ». Les défaites des « guerres de l’opium » et les traités infâmants à partir des années 1840 avaient été vengés par la victoire des révolutionnaires en 1949. Partout ont résonné les mots prêtés à Mao Tse Toung : le peuple chinois s’est levé et a chassé les impérialistes occidentaux.

Cette relecture héroïque de l’histoire est un mythe, explique Bill Hayton, ancien journaliste à la BBC et spécialiste de l’Asie (son article pour Unherd en lien ci-dessous). Sans les puissances impérialistes, le PCC n’aurait jamais connu le succès qui l’a conduit au pouvoir. C’est la décadence de l’Empire du Milieu, sous les Qing au XIXème siècle, qui a permis l’installation armée des étrangers et l’importation des idées et méthodes en vogue chez ces envahisseurs…

15 hommes se sont réunis le 1er juillet 1921 au 106 rue Wantz, dans le quartier français de Shanghai. Les deux concessions internationales n’étaient pas formellement des colonies mais la loi chinoise ne s’y appliquait pas. Au début du XXème siècle, la ville était devenue une métropole cosmopolite, où les modes et les idées circulaient librement. D’ailleurs, les conspirateurs se savaient à l’abri des autorités impériales. Loin d’être d’humbles travailleurs, ces quelques hommes étaient fiers de leur culture hybride. Shanghai était déjà un centre intellectuel, une véritable enclave pour les radicaux qui utilisaient les facilités d’imprimerie pour diffuser leurs idées. Les fondateurs du PCC profitaient de ce que des missionnaires protestants avaient lancé vingt ans auparavant. La « Christian Literature Society », créée par des Britanniques et des Américains, avait pour objet de propager le message biblique et les bienfaits de la civilisation occidentale dans une société qu’ils jugeaient dépassée. Ils ont fondé des journaux qui diffusaient les dernières idées scientifiques et politiques de l’époque. Leurs efforts ont généré bien plus d’activistes que de convertis… Un certain Timothy Richard, missionnaire baptiste gallois, est toujours honoré au musée du Parti Communiste à Pékin comme étant le premier à avoir publié les noms de Karl Marx et Heinrich Engels en chinois… Protégés par les traités imposés à l’Empereur de Chine, ces missionnaires ont pu créer de multiples « clubs d’études » dans tout le pays. Les communistes ont utilisé ces réseaux pour diffuser leurs idées.

D’autres missionnaires, comme le Révérend Martin, ont jeté les fondations des premières universités modernes chinoises. Dès les années 1910, l’université de Pékin était devenue un foyer marxiste. Mao Tse Toung y était assistant bibliothécaire ! Le courant dominant était de précipiter l’effondrement de la société traditionnelle chinoise pour adopter les standards progressistes de l’Ouest. Ce n’est qu’en 1919 que le « Mouvement du 4 mai » s’est tourné résolument vers le communisme. L’année suivante, la « New Citizen Study Society » créée par Mao sur le modèle des clubs missionnaires organisa un voyage en France. 2 000 étudiants chinois étudiaient à Paris en plus des 140 000 travailleurs qui avaient soutenu l’effort de guerre allié. Revenus pleins d’enthousiasme, ils adoptèrent la doctrine marxiste-léniniste en janvier 1921. Des 12 fondateurs du PCC encore en vie en 1949, seul Mao n’avait jamais voyagé en Europe.

L’autre foyer communiste fut le Japon, dont les élites avaient embrassé avec zèle les modes de vie et les idées occidentales. Des milliers d’étudiants chinois avaient passé des années à Tokyo et revenaient chez eux avec des positions alignées sur leurs homologues de retour d’Europe. Bien entendu, nulle mention n’a été faite de l’influence nippone lors des fêtes triomphales du centenaire…

Parmi les 15 conjurés du 1er juillet 1921 se trouvaient deux étrangers sans qui le lancement du PCC n’aurait sans doute pas pu se faire. Un Néerlandais, Henricus Sneevliet, et un Russe, Vladimir Nikolsky, émissaires de Lénine, représentaient « l’Internationale Communiste ».

En Chine, comme dans d’autres pays, le communisme et son frère ennemi, le libéralisme, sont des idéologies importées par le colonisateur. Sans les concessions portuaires, les jeunes fondateurs du PCC n’auraient pas eu la liberté de se réunir. Sans les échanges internationaux, les idées progressistes n’auraient pas gagné leurs esprits. Sans les réseaux installés par les missionnaires anglo-saxons, ils n’auraient pas bénéficié de relais dans le pays.

Bref, conclut Bill Hayton, Xi Jinping aurait dû porter un toast vibrant aux puissances coloniales auxquelles il doit son pouvoir totalitaire…


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