La Sélection du jour | Le nucléaire Français, une énergie verte ? (n°1349)
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Le nucléaire Français, une énergie verte ?

Par Judikael Hirel - Publié le 09 août 2021

La France "a une chance, c'est le nucléaire", a déclaré Emmanuel Macron lors de son passage en Polynésie. Ce n’est pas l’avis de bon nombre de ses voisins. En cause : la "taxonomie verte" européenne, les règles définissant quelles énergies peuvent être considérées comme vertes, et donc financées et subventionnées, et lesquelles ne le sont pas. En effet, l’Union Européenne s’est engagée à réduire de 55% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Les activités considérées comme "non durables" se verraient fermer toute possibilité de financement européen.

La France souhaite évidemment que la Commission Européenne considère le nucléaire comme une énergie verte. Mais l'Allemagne, l'Autriche, le Danemark, l'Espagne, le Luxembourg et l’Autriche y sont opposés. Un groupe de pays qui ne suffit pas, pour l’instant, pour obtenir la majorité qualifiée et exclure le nucléaire français des énergies dites vertes. Mais si d’autres pays basculent… En la matière, pas question de couple Franco-Allemand : l'Allemagne d'Angela Merkel a fait le choix d'abandonner l'énergie nucléaire, quitte à faire grand usage de centrales au charbon aux lourds rejets de CO2. Les six derniers réacteurs en service outre-Rhin devraient être débranchés dès 2022. Il faut dire que les élections allemandes dépendant potentiellement de coalitions avec les mouvements politiques "verts".

L'enjeu est vital pour EDF, dont la compatibilité avec les critères de la "taxonomie verte" serait de 43% hors nucléaire, contre 96% avec. On comprend mieux pourquoi, en mars dernier, Emmanuel Macron a cosigné une lettre destinée à la Commission avec les leaders de la République tchèque, de la Hongrie, de la Pologne, de la Roumanie, de la Slovaquie et de la Slovénie. Un bloc de l’Est entré dans le nucléaire du temps de l’Union Soviétique et qui en saisit l’importance en termes d’indépendance énergétique à l’égard de leur grand voisin.

"Nous sommes le pays d'Europe qui a le moins de tonnes de CO2 émises par habitant. Pourquoi ? Parce qu'on a le nucléaire historique", a rappelé le Président de la République il y a peu. Mais à l’opposé de cet argument d’une électricité peu carbonée se pose la question des centrales vieillissantes ou en fin de vie à déconstruire et dépolluer, et surtout celle de la gestion et du stockage des déchets nucléaires. Sans oublier le risque d’accident. Selon les experts européens du Centre commun de recherche (CCR), qui ont rendu fin mars 2021 un rapport de 357 pages sur le sujet, "aucune analyse ne fournit de preuves scientifiques que l'énergie nucléaire porte atteinte à la santé humaine ou à l'environnement davantage que les autres énergies" incluses dans la taxonomie. Par ailleurs, si le fait qu'ait lieu un accident nucléaire grave "ne peut être exclu à 100%", la probabilité que cela arrive demeure "extrêmement basse". Toujours selon le, CCR, l’impact de l'énergie nucléaire est "essentiellement comparable à l'hydroélectrique et aux énergies renouvelables", l'enfouissement géologique des déchets nucléaires constituant un "moyen approprié et sûr" de les isoler de façon efficace.

Ursula von der Leyen devra – ou non – valider le nucléaire comme "énergie verte" d’ici quelques mois. Si tel n’est pas le cas, l’avenir de la filière nucléaire française sera en péril. De même que la liberté de choix par les États membres de leurs technologies énergétiques, leur souveraineté nationale en la matière, et l'indépendance énergétique de la France. Paradoxalement, le "en même temps" présidentiel marie la défense du nucléaire à l’échelle européenne et la fermeture programmée de 14 centrales d’ici 2035…


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