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Société

La synthèse

Le ministre de l’Intérieur flashé en défendant les radars

Par Philippe Oswald - Publié le 02 février 2019

Les Gilets jaunes ont cassé beaucoup de radars routiers. C’est évidemment regrettable (coût : un demi-milliard d'euros). Mais le malheur a parfois du bon, par exemple quand il permet de rétablir la vérité. Invité par RMC le 29 janvier pour commenter le bilan 2018 de la Sécurité Routière, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner s’est félicité de la baisse de la mortalité routière l’an dernier, en l’attribuant à la limitation de vitesse à 80 km/h - « une évidence » selon lui-, comme l’avait fait avant lui le Premier ministre Edouard Philippe, initiateur de cette mesure impopulaire. Une impopularité reconnue par le Président de la République en personne :  quelques jours avant cet interview, Emmanuel Macron débattant avec des élus locaux puis au cours de son tête-à-tête avec Laurent Wauquiez, aurait qualifié l’initiative du Premier ministre de « connerie » … (l’Elysée a certes démenti, mais la réponse faite par Emmanuel Macon à des élus locaux, le 15 janvier, allait bien dans le même sens : « Il faut ensemble qu’on trouve une manière plus intelligente de le mettre en œuvre [le dispositif des 80km/h] ».)  

La position déjà délicate des deux ministres s’est aggravée quand, dans la suite du même interview, Christophe Castaner a révélé que, là où les radars automatiques avaient été endommagés (plus souvent peinturlurés ou bâchés que détruits), les dépassements de vitesse avaient fait un bond de 268%... (cette mesure a pu être réalisée parce que les radars simplement empêchés de flasher continuent d’enregistrer la vitesse des véhicules). « Je vous dis ça pour montrer que les radars ont une efficacité » a imprudemment renchéri Christophe Castaner.

Le hic, c’est que ce pic sans précédent d’infractions commises sur tout le territoire n’a manifestement pas altéré les bons chiffres de la Sécurité routière. Dès la fin novembre dernier, moins d'un mois après le début des manifestations des Gilets jaunes, la moitié des radars avaient été mis hors service (plus de 60% ensuite). Or, entre novembre 2017 et novembre 2018, la Sécurité Routière faisait état d'un baisse de 1,8% de la mortalité routière et de 4,7% des accidents corporels par rapport à l'année précédente. De là à en conclure que les radars n’ont d’autre efficacité que celle de « pompes à fric », il n’y a qu’un pas…franchi par plusieurs commentateurs.

Certains d’entre eux sont allés plus loin : s’appuyant sur des études statistiques faites à l’étranger (aux Etats-Unis notamment), ils affirment que ce n’est la vitesse comme telle qui tue (d’autant que l’immense majorité des infractions concerne de petits excès de vitesse) mais la différence de vitesse entre les véhicules circulant sur une même voie. En outre, selon les spécialistes américains, la bonne référence pour établir une juste limitation, c’est la vitesse moyenne naturelle – « natural speed limit » - celle qu’adopterait la majorité des automobilistes même s’il n’y avait pas de signalisation. Celle-ci n’est donc pas à établir a priori et uniformément, comme on le fait en France depuis Paris, mais localement, en fonction des conditions réelles de circulation. C’est la pratique américaine qu’explique Philippe Lacoude, consultant et économiste installé aux États-Unis, dans l’article (en lien ci-dessous) publié par le site Contrepoints.


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