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International

La synthèse

Le coronavirus « plaie d’Egypte » de l’Empire chinois

Par Philippe Oswald - Publié le 08 février 2020

L’épidémie de coronavirus qui paralyse la Chine prend des allures bibliques : elle ressemble à une plaie d’Egypte. S’il serait aventureux à ce stade de la comparer à la pandémie de la « grippe espagnole » du début du XXe siècle qui fit quelque 30 millions de morts dans le monde, deux fois plus que la Première Guerre mondiale, on peut déjà la rapprocher, en terme d’impact sur l’Empire chinois, de ce que fut en 1986 la catastrophe de Tchernobyl pour l’URSS en pleine déliquescence. Mais cette fois, au lieu d’atteindre un empire à l’agonie, l’épidémie frappe une Chine dont l’ascension semblait il y a peu de temps encore irrésistible, avant qu’elle ne vacille dans le bras-de-fer engagé avec les Etats-Unis.

Ce n’est pas seulement l’économie du pays qui est fortement ébranlée par le coronavirus mais l’oligarchie communiste. La colère gronde dans la population et, chose inouïe, elle se manifeste sans retenue via les réseaux sociaux. La censure est débordée depuis la mort du docteur Li Wenliang, le médecin qui, l’un des premiers, fin décembre, avait déclenché l’alerte sur le virus. Cette audace lui avait valu d’être aussitôt sanctionné, avec sept autres collègues, « pour propagation de fausses rumeurs troublant l’ordre public ». L’omerta d’Etat a retardé la lutte contre le virus dont la propagation affole la population. La colère populaire est montée d’un cran à l’annonce de la mort du jeune ophtalmologue (34 ans) lanceur d’alerte, le 7 février, à l’Hôpital central de Wuhan où il était hospitalisé depuis le 12 janvier. Le docteur Li Wenliang est devenu un martyr. Le hashtag « #JesuisWenliang » a déjà été vu plus d’un milliard de fois sur la plateforme Weibo, le « Twitter » chinois. Comme d’habitude, les autorités ont réagi par la défensive (jusqu’à affirmer que les Chinois bénéficiaient d'une totale liberté d'expression… tout en bloquant l’hashtag « #Liberté d’expression » sur Weibo !) mais elles ont été néanmoins contraintes d’annoncer l’ouverture d’une enquête sur les sanctions infligées au docteur Wenliang.

La hantise de Pékin, c’est que l’épidémie de coronavirus en cache une autre, non moins « virale » et plus dangereuse pour le régime : l’aspiration à la liberté, un virus propagé par la révolte de Hongkong. « Il faut renforcer le contrôle sur les médias et l’internet » a tonné le nouveau « Grand Timonier » Xi Jinping, lors d’une réunion du Comité permanent du Politburo, le 3 février. Qu’on ne compte pas sur lui pour instaurer la « glasnost » (transparence) et initier une « perestroïka » (reconstruction) façon Gorbatchev qui ne manqueraient pas d’être elles aussi fatales à l’Empire chinois et à sa nomenklatura ! Sur les sites musicaux et les réseaux sociaux, la censure traque l’hymne des manifestants pro-démocratie, « Do you hear the people sing ? » repris du chant de la comédie musicale « Les Misérables » d’après l’œuvre de Victor Hugo.


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