La Sélection du jour | L'Auvergne enfin déconfinée (n°1045)
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Economie

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L'Auvergne enfin déconfinée

Par Louis Daufresne - Publié le 19 août 2020

Il n y a pas que le PSG qui crée la surprise en se qualifiant pour la finale de la Ligue des champions. Comme si à l’heure du coronavirus, rien ne semblait plus comme avant. Les joueurs de Paris se mettent à gagner ! Si beaucoup dépriment depuis le confinement, certains qui n’y croyaient plus se prennent à espérer. Prenons le tourisme. L’Auvergne, ce vaste désert ignoré par les grands axes qui la contournent, est qualifiée, tenez-vous bien, « d’eldorado des touristes ». La voilà plébiscitée par les Français en quête d’espace, de nature, de fraîcheur et d’authenticité. Oui, ce dernier terme est galvaudé mais il dit bien ce qu’il veut dire : l’Auvergne, ce sont les vaches, les fromages, les planèzes, les lacs, les étangs, les torrents, les stations balnéaires et bien sûr les volcans, ces seigneurs assoupis. Les paysages y sont dans leur jus. Allez par exemple aux roches Tuilière et Sanadoire, au sud-ouest de Clermont : les bords de ce vieux cratère jouent une symphonie minérale faite de tuyaux d’orgues et de dalles basaltiques. En Auvergne, la pierre est un monument en soi.

La saison s'y annonce « exceptionnelle, voire record », claironne le conseil départemental du Puy-de-Dôme. Si l’an dernier était déjà une bonne année, 2020 voit doubler la fréquentation du téléphérique du Sancy, point culminant du Massif central et plus haut volcan de métropole. Qui eût imaginé que son cousin, le Puy Mary, sommet des monts du Cantal, vît les randonneurs se bousculer sur ces flancs ? « Le Puy Mary, c'est les Champs-Élysées ! », relève-t-on à l'Office de tourisme d'Aurillac, où les hôtels étaient remplis à 100% jusqu’au 15 août. En Haute-Loire, même engouement : le rocher Saint-Michel, surplombant le Puy-en-Velay, draina 26% de visiteurs supplémentaires en juillet. Tous les départements en profitent, excepté l’Allier, plus campagnard que montagnard. Le Bourbonnais est magnifique mais on ne fait que le traverser. Justement, c’est là que réside la nouveauté : l’Auvergne des volcans devient ce qu’on appelle une destination. Aucune autre région n’offre pareil dépaysement à 500 kilomètres de Paris. Naguère, la communication touristique exploita ce contraste, comme en témoigne l’affiche sur le Saint-Nectaire en marge de cet article.

Le succès de l’Auvergne sera-t-il passager ?

Mis à part l’effet Covid – le territoire a été épargné par l’épidémie –, il y a des raisons de fond qui peuvent fidéliser tout un public, familial, sportif.

La première est économique : les prix y sont ceux de la France périphérique. Mal desservie, l’Auvergne n’héberge aucune station huppée comme dans les Alpes du nord, et l’Étoile de Legrand ne la traverse pas.

La sécurité entre également en ligne de compte. Ce n’est point Palavas-les-Flots, sur le littoral languedocien, où des habitants excédés viennent d’organiser une marche contre les rodéos et les incivilités !

L’argument écologique : c’est là que l’Auvergne a une carte à jouer. Pas seulement pour valoriser les circuits courts en allant chercher du fromage à la ferme mais pour que la nature soit une expérience à vivre, ce qui correspond aux attentes de citadins cloitrés dans du béton. Même sans l’océan, l’Auvergne vous submerge. Sur les plateaux du Cézallier, par exemple, s’étalent des horizons infinis dignes de la Mongolie intérieure. Chateaubriand eût aimé cette contrée sauvage s’il eût été moins chauvin. S’ajoute en Auvergne l’empreinte d’un patrimoine religieux d’exception, le fameux roman auvergnat : les églises d’Orcival, de Saint-Nectaire ou Saint-Austremoine à Issoire sont des merveilles dont il n’existe nulle réplique comparable. Ce tourisme-là est certes plus exigeant, plus sélectif. Mais il redonne la mémoire.


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