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International

La synthèse

L’autre épidémie qui mine la Suède

Par Ludovic Lavaucelle - Publié le 29 juin 2021

Des tirs ont retenti en pleine journée le dimanche 30 mai dans le quartier de Hjällbo à Göteborg malgré une forte présence policière dans le quartier. Un commerçant et père de famille de 44 ans est mort d’une balle dans la tête. Encore une victime de l’épidémie de violences qui fait rage dans les villes suédoises, rapporte Paulina Neuling, journaliste du Svenska Dagbladet dans les colonnes du Spectator (voir article en lien ci-dessous). Deux jours avant, des émeutes avaient éclaté dans le quartier de Hjällbo, habité par une population immigrée. L’incident qui avait fait office d’étincelle, un garçon de 14 ans poussé de son vélomoteur, était insignifiant. En fait, c’était le prétexte à un déchaînement de violences entre les clans du quartier qui tiennent le commerce et une bande criminelle venue de l’extérieur. Après la mort du commerçant, des membres de sa famille ont été interceptés à la frontière en provenance d’Allemagne. La situation dans le quartier de Hjällbo reste tendue, dans la crainte de représailles, et l’école locale fermée. Les parents n’osent plus laisser leurs enfants sortir…

On peut les comprendre ! L’été dernier, des bandes avaient carrément installé des barrages aux entrées du quartier pour contrôler les voitures. L’Etat est clairement défié. Alors que ces événements se déroulaient, une star de rap local était en procès à Stockholm. Le dénommé Yasin, élu « artiste hip hop » de l’année, n’a pas pu recevoir son prix car il était interrogé par la police pour une tentative d’enlèvement. On soupçonne ses acolytes de s’être procuré une bombe qu’ils comptaient placer chez la victime. Les rappeurs suédois ont pris l’habitude de se vanter des armes en leur possession, voire des crimes qu’ils ont commis. Aucun pays occidental n’affiche un taux aussi élevé d’attaques à la bombe.

Que se passe-t-il dans ce pays jadis réputé pour sa tranquillité ? Le nombre moyen d’homicides annuels est passé à 112 entre 2012 et 2016 contre 87 les cinq années précédentes. Le taux de meurtres par arme à feu, révélé le mois dernier, est de 4 par million d’habitants contre une moyenne de 1,6 en Europe. La crise migratoire de 2015 a fait déferler un tsunami sur la Suède. Le pays est celui qui a accueilli le plus d’immigrants par habitant de toute l’Europe. Dans les villes d’au moins 200 000 habitants, la part de la population d’origine étrangère est passée de 34% à 2002 à 44% en 2016. Le nombre résidents et nés à l’étranger a augmenté de 80% entre 2000 et 2016. En 2018, environ un quart des 115 000 nouveau-nés avaient au moins un parent né hors d’Europe. Or, la flambée de violence est principalement due à des guerres de gangs communautaires.

90% des meurtres et tentatives de meurtres seraient commis par des immigrants de première ou deuxième génération selon une enquête du journal Dagens Nyheter en 2017. Mais la question du lien entre immigration et criminalité est un sujet tabou en Suède. Les politiciens locaux, quand ils abordent le sujet, préfèrent vilipender la « culture barbare » des Scandinaves et considèrent que l’afflux migratoire est un bien indiscutable pour le pays… Le gouvernement est resté très réticent à communiquer sur les catégories de population en cause. Le dernier rapport officiel date de 2005 et couvrait la période 1997 – 2001. Il montrait que les crimes, et particulièrement les agressions sexuelles, étaient très majoritairement commis par des immigrés. La seule réaction a consisté à débattre intensément de la xénophobie en Suède…

Pendant des années, les autorités suédoises ont répété qu’elles ne voyaient pas d’utilité à mettre à jour l’enquête de 2005. Mais, il y a 2 ans, l’agence gouvernementale en charge des statistiques a annoncé qu’un nouveau rapport serait publié l’automne prochain. Les chiffres seront sans surprise, mais il faudra observer la réaction de la classe politique…

La situation sécuritaire désastreuse pourrait aussi expliquer en partie l’attitude très libérale du gouvernement suédois face au Covid-19. Imposer un confinement strict paraissait irréalisable et risquait même de provoquer une explosion de violences dans les villes suédoises.

Les Suédois ont de quoi être inquiets pour l’avenir de leur pays. Ils devraient surtout, ajoute Paulina Neuling, demander des comptes à leurs dirigeants. 


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